Depuis que je me suis fait mordre
sur un sentier
par un crétin de chien
baste, j’ai repensé
au bâton
Pas celui du maréchal
mais le rustique bâton
du berger ou du bouvier
manié par ceux qui n’avaient
pas le droit de porter l’épée au côté
bref, l’arme du gueux, du vilain, du valet
bâton de châtaignier
de piquant prunellier
ou tors néflier
C’est l’usage qui transforme le bois
en gourdin, trique ou bâton
et c’est la main finalement
qui fait le bâton
Sans feuilles ni branches
ni racines
réduction à l’absurde
quasi héraldique
de l’arbre
pour carte à jouer
Est-ce le bâton classique
qui servit à battre
le bon Boileau de l’Art poétique
— Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
parce qu’il avait vexé le duc de Nevers
en défendant Phèdre de Racine ?
Remontent des souvenirs
d’épée de bois
redresseur de torts imaginaires
chevalier à la lance émoussée
pourfendeur d’orties
duelliste aux doigts endoloris
Est-ce le bâton dont
Scapin rossa l’affreux Géronte
dans le sac où il l’avait caché
même si Boileau encore
n’y reconnaissait plus
le Molière du Misanthrope ?
Mieux encore, ce pourrait être
celui de Frère Jean des entommeures
en cœur de cormier
qui mit en déroute
toute une armée
dans Gargantua ?
Tant que ce n’est ni canne
ni béquille, ça m’ira
j’en ferai mon bâton de pèlerin
pour aller par les chemins
seul avec mon bourdon
jusqu’à paraître à l’horizon
aussi frêle qu’un bonhomme
en allumettes

