Bâton de pèlerin

Depuis que je me suis fait mordre
sur un sentier
par un crétin de chien
baste, j’ai repensé
au bâton

Pas celui du maréchal
mais le rustique bâton
du berger ou du bouvier
manié par ceux qui n’avaient
pas le droit de porter l’épée au côté
bref, l’arme du gueux, du vilain, du valet
bâton de châtaignier
de piquant prunellier
ou tors néflier

C’est l’usage qui transforme le bois
en gourdin, trique ou bâton
et c’est la main finalement
qui fait le bâton

Sans feuilles ni branches
ni racines
réduction à l’absurde
quasi héraldique
de l’arbre
pour carte à jouer

Est-ce le bâton classique
qui servit à battre
le bon Boileau de l’Art poétique
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
parce qu’il avait vexé le duc de Nevers
en défendant Phèdre de Racine ?

Continuer la lecture de « Bâton de pèlerin »

L’arbre et son double

Dans ce pays, dont certains assurent qu’il jouxte la forêt Hercynienne, les arbres possèdent tous un double. Non pas leur ombre, quand le soleil baisse, mais pour certains un jumeau inversé, dissimulé sous la terre, exactement identique à celui de la surface, que dessinent leurs racines, comme le rapporte Virgile, dans les Géorgiques. D’autres encore ont pour double un arbre mort, alors qu’ils sont vivants, ou un arbre noir, alors qu’ils sont blancs. Pour eux, ce n’est nullement un présage néfaste, comme il en va pour nous, plutôt une habitude très ancienne.

Photographie de P.-A. Touge