Hop, le houblon

Hop ! vois là le houblon
qui grimpe sur la page
la haie, la barrière, la treille
à toute allure
jusqu’à sept mètres
de hauteur
en une seule année
surgi d’un rhizome
bien enfoui
Humulus lupulus
petit loup, petit humus ?
L’anglais dit simplement hop

Selon l’Histoire des plantes
en laquelle est contenue
la description entière des herbes

au seizième siècle
décoction de houblon bue
désopile le foie
la ratelle et les rognons

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Au cabaret des oiseaux

Cabaret des oiseaux
c’est ainsi, ai-je appris
que l’on surnomme la cardère sauvage
ou grande cardère
selon l’Atlas des plantes sauvages de l’Orne
poussée soudain à plus d’un mètre
au bord de la rivière et de la prairie
géométrique présence verte
et épineuse

Herbacée ou chardon
la bisannuelle ne carde rien du tout
mais offre à la jonction de ses feuilles
des coupelles qui gardent l’eau de pluie
dans autant de petits bassins suspendus

Darwin père et fils
ont remarqué que la plante
y émet de minuscules filaments
mobiles et rétractables
et comme souvent des insectes
s’y noient, ils ont pensé
qu’il s’agissait d’une plante carnivore

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Narcisse des poètes

En haut des gorges
essoufflé, butant sur les cailloux
je suis tombé nez à nez
juste au-dessus
de ruines de Saint-Martin
avec un narcisse sauvage
poussé dans le chemin

Narcissus poeticus
Narcisse des poètes
révèle des circulations
d’eau souterraine

Personne alentour
juste les fantômes
de l’ermite
de l’ours et du berger
au ciel un rapace noir
auquel il manque une plume

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Sous-bois : jacinthe

En forêt, au début du printemps, flotte juste au-dessus du sol ou du talus l’hallucination d’un brouillard bleu surnaturel, tirant sur le violet, d’une beauté stupéfiante. De plus près, un semis de clochettes cannelées et bouclées, accrochées à des tiges grêles d’un vert vif, émerge d’un bouquet désordonné de feuilles allongées. Comme l’anémone qui apparaît à la même époque, la jacinthe des bois est liée à la mort d’un beau jeune homme, Hyacinthe, transformé en fleur par Apollon qui l’a tué par accident. Miraculeuses, les jacinthes du camp gaulois de Bierre, des pentes de Souvigné, ou près de chez vous  éclosent avec les chants de la linotte mélodieuse, la grive musicienne et autres pinsons.

Très bizarrement, la nomenclature savante appelle cette amie de l’ombre Hyacinthoides non-scripta, «non écrite», alors qu’on sait bien depuis Ovide qu’elle porte sur sa fleur les mots Aï aï, «hélas » en grec ancien, inscrits par Phébus Apollon lui-même. Que mes gribouillis rappellent le deuil d’Hyacinthe et la beauté fugitive de sa fleur.

Douce-amère

À Radio l’OMbre

Écrire simplement
« morelle douce-amère »
c’est déjà un poème
de la famille des volubiles
qui accroche aux arbres
feuilles, fruits et fleurs
simultanément

Tout de suite
amie solitaire, excentrique
de la fraîcheur du sous-bois
et des berges du torrent
robe de feuilles pointues et veloutées
étole de fleurs
violettes et jaunes
de fruits verts puis rouges
miniatures tomates de ciel
toxiques et hallucinantes

Piratant, petite More, elle
les branches des autres
y jetant ses grappins
à l’abordage, pourtant
beauté fragile, précaire
Pas si loin l’été calcine tout
et des forêts brûlent
de l’Ardèche à Brocéliande

Solanum dulcamara
Petite Maure, elle,
on soupçonne
qu’elle ensorcelle
ou empoisonne
car les fruits de sa sœur
mûrissent noirs

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Blason des volubiles

Illustration : Elizabeth Blackwell, Herbarium Blackwellianum, Nuremberg, 1765.

Il est déjà là, le temps des baies
avec l’avance que l’on sait

Sur la robe encore verte de la haie
colliers, guirlandes, festons
vrilles, serpentins et rubans
aigrettes, plumets
perles et pierreries baroques
rouges, violettes ou noires
Un noir de jais pour le deuil
de nos étés sans brûlure ?

Pousse une vérité emmêlée
concurrente ou symbiotique
de grains, d’akènes, de drupes
Breloques, dentelles sur la robe
de la danseuse verte

En hiver, quand la haie sera nue
ses os de bois uniquement
cachés par la feuille de lierre
elle conservera cependant ses bijoux
d’églantier, bryone ou tamier

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Sous-bois : nom d’une fleur, anémone

Avant que ne jaillissent les feuilles des arbres, sauvage passagère du printemps, invisible dès l’été, toute une histoire éphémère fleurit, blanche ici, rosée, écarlate ou purpurine ailleurs, belle et frêle comme notre bonheur, pourvu que l’on baisse les yeux.

L’anémone des bois, prénommée sylvie comme un songe de Nerval, constelle la clairière d’imaginations venteuses et décoiffantes. Nom scientifique : Anemone nemorosa, rose de mer, rose de Nemo, capitaine du Nautilus, enseveli dans son sous-marin au large de l’île mystérieuse ? Non, plutôt de nemus, « bois » en latin, bois sacré même, d’une sauvagerie surnaturelle, quelquefois visité par une divinité, anémone des bois.

Quel souffle visite en rase-mottes la plate-bande ? Éclose du vent selon la science antique, l’anémone tourne ses pâles pétales vers le soleil et les referme si une pluie trop violente menace ses tiges grêles.

Vénus pleurant sur le corps d’Adonis naaman aurait fait éclore magiquement du sang de son amant, comme bulles de pluie à la surface de l’eau écrit Ovide, ces fleurs de vent.

Clématite des haies

Malgré festons
et guirlandes
ou souvenirs de Tarzan
cette liane d’Occident
liorne, jorne
inquiète quelquefois

Comme ronces et orties
un serpent végétal
rampille, fausse vigne
envahit maison ruinée
sous-bois obscur
terrain abandonné

Signe de sauvagerie
sarmenteuse
barbe de chèvre
ses tiges ligneuses
tombent en tout sens

Son pétiole vrille
s’attache
tourne
volubilement

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Le chardon, lieu d’être

Un jeune chardon, crayon bic sur papier margé, Erolf Totort

Flore, le hasard
fait bien les choses
me propose
de m’attaquer non à la rose
mais au chardon
faut-il que je sois âne ou bouc
gencive dure et surtout langue râpeuse ?
Poète brut ?

Mais bon, je marche, je mâche
On peut compter sur moi
pour en faire toute une histoire
et poser, impudent crâneur
pour un portrait de l’artiste
non en bonnet d’âne
mais tenant un chardon
comme notre maître Albrecht Dürer

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Mon amie la ronce

Pourquoi la ronce ?
me demandera-t-on
Ce n’est pas la plus belle
des fleurs de mon jardin

Peut-être parce qu’elle est
mal aimable, rebelle
épineuse ?

Peut-être parce que les écorchures
causées par ses aiguillons
ont un air enfantin
d’école buissonnière
d’aventure
et de gourmandise

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