Cabaret des oiseaux
c’est ainsi, ai-je appris
que l’on surnomme la cardère sauvage
ou grande cardère
selon l’Atlas des plantes sauvages de l’Orne
poussée soudain à plus d’un mètre
au bord de la rivière et de la prairie
géométrique présence verte
et épineuse
Herbacée ou chardon
la bisannuelle ne carde rien du tout
mais offre à la jonction de ses feuilles
des coupelles qui gardent l’eau de pluie
dans autant de petits bassins suspendus
Darwin père et fils
ont remarqué que la plante
y émet de minuscules filaments
mobiles et rétractables
et comme souvent des insectes
s’y noient, ils ont pensé
qu’il s’agissait d’une plante carnivore
Pas d’effeuillage au cabaret des oiseaux
mais une attraction égyptienne
étonnante
un savant allemand nommé
Ferdinand Cohn
vit aussi ces filaments
et pensa qu’ils ressemblaient
aux « serpents du pharaon »
réaction chimique ludique
ou pseudo-magique
qui fabriquait un tube
quasi instantanément
Presque un siècle plus tard
on pense plutôt qu’il s’agit
d’un bouillon d’animalcules
qui permet à la cardère
de fixer l’azote de l’air
grâce à ses filaments
Comme les Darwin
je m’émerveille, je m’enivre
et je bavarde
au cabaret des oiseaux
avec chardonnerets
pinsons, mésanges
en attendant
la violette floraison
des multiples têtes
du chardon encore vert

