Sept châteaux

I. Manoir éphémère

Probablement lundi
reconstruire le château
démoli par les intempéries
l’incendie
ou la police nationale
rassembler les hardes
éparpillées
rebâtir
la frêle cabane
de pluie, de bâches
bois, carton et courants d’air
radeau d’entre deux naufrages
dessin d’enfant collé
sur la porte dégondée

II. Château pour quoi ?

Non enfermer
moi dedans et vous dehors
ou l’inverse
mais circonscrire un espace
à nos rêves
notre soif d’habiter
en Bohême ou en Espagne
offrir refuge
panser plaies
prendre distance Continuer la lecture de « Sept châteaux »

Ateliers Ancêtres au Bourget, avec le collectif Les Grandes Personnes

Nous sommes fiers et émus de vous présenter enfin le premier épisode de la retranscription filmée des ateliers Ancêtres du Bourget. Des habitants racontent leurs ancêtres dans cette série de films réalisés par Marie Dubois. Expostion au centre culturel André-Malraux du Bourget, du 14 octobre au 2 janvier. #sculpture #théâtre #photographie
Originellement, ce devait être un spectacle, mais la maladie et les deuils en ont décidé autrement.
Nous serions heureux de vous retrouver pour vous présenter cette rencontre avec notre passé et avec le passé des autres.
Avec la Ville du Bourget, SHAM Spectacles, La Capsule etc.

Cyprès de Lambert

J’étais tout petit
et nos grands-parents
appelaient cupressus
les arbres de la haie
orthogonale
à la route côtière
vers Mesquer

Leur parfum était frais
leurs fruits ronds
durs et odorants
leur ombre profonde
leur hauteur impressionnante

La distinction apportée
par ce nom latin
me paraissait aller de soi

Continuer la lecture de « Cyprès de Lambert »

Au sorbier des oiseaux

Ayant déjà inventé
nostalgie des neiges d’antan
pour un roman tumultueux et triste
une fille à soldats acide
surnommée Sorbe

il fallut pourtant rencontrer
l’arbre en été
près de la Ferté-Vidame
en lisière d’une forêt
malmenée par la sécheresse

pour me consacrer
à l’arbre sorcier
et célébrer ses noces
avec l’oiseau
Comment penser
l’un sans l’autre ?

Continuer la lecture de « Au sorbier des oiseaux »

Clématite des haies

Malgré festons
et guirlandes
ou souvenirs de Tarzan
cette liane d’Occident
liorne, jorne
inquiète quelquefois

Comme ronces et orties
un serpent végétal
rampille, fausse vigne
envahit maison ruinée
sous-bois obscur
terrain abandonné

Signe de sauvagerie
sarmenteuse
barbe de chèvre
ses tiges ligneuses
tombent en tout sens

Son pétiole vrille
s’attache
tourne
volubilement

Continuer la lecture de « Clématite des haies »

Argile à silex

Ici le soc de la charrue
quand on laboure
la terre grasse
tinte souvent
sur une dure caillasse

J’habite un pays de silex et d’argile
On dit même d’argile à silex
La dialectique est naturelle

Incisif et concis, silex parle au poète
une langue tranchante

Substance amorphe et fuyante, argile
pose un autre défi

alourdit les souliers
les sabots quand on arpente
la terre mouillée, et ralentit
et tire vers le bas

Silex, frappé sur un roc ferreux
provoque une étincelle

Silex allume le coup de feu
d’une platine à miquelet

Mais argile a du talent
piège l’eau
apprend aux doigts
à modeler en
trois dimensions

Continuer la lecture de « Argile à silex »

Nerval encore

La nécessité de revenir à Nerval naît d’un remords de n’en avoir pas assez dit, et sans doute d’un mouvement de reprise plutôt nervalien, lui qui réutilisa, découpa, colla, réécrivit plusieurs fois les mêmes textes au sein d’une œuvre pourtant variée et abondante. M’apprivoisa à son étrangeté de premier abord le fait d’y retrouver le goût de mon grand-père Georges pour les généalogies imaginaires et les contes invérifiables sur les origines lointaines des noms de famille.
Je me souviens très bien que c’était l’été où, alors que j’étais d’une famille de la petite fonction publique, je travaillai pour la première fois en usine, à Sainte-Mère-l’Église, et où je découvris la vie et la solidarité du monde ouvrier. Avec mon premier salaire, je partis en Grèce, visitai Delphes, « La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance ? »
Me pousse aussi vers Nerval mon goût du sommeil et des songes, de l’inspiration remontée de leurs profondeurs troubles, et une rébellion très profonde contre le monde tel qu’il est, tel qu’il va, tel qu’on nous le vend.
Continuer la lecture de « Nerval encore »

L’aveu Nerval

On entretient parfois avec un texte une liaison secrète, on le retrouve avec délice le soir en se couchant ; si l’on est empêché de le fréquenter dans la journée, on y pense avec un sourire ; on n’en parle pas forcément aux autres. Le nom de son auteur peut être universellement célèbre, n’empêche, il s’agit d’une histoire profonde, souvent nocturne, discrète avec lui, avec son écriture, sans fanfare ni tambour.
Malgré mes efforts, je ne parviens pas à me rappeler qui m’a introduit à Nerval, dont j’ai d’abord lu Les Filles du feu, c’est peut-être M. Jean-Paul Ballorain, dont je fus l’élève admiratif mais plutôt fuyant au lycée Henri IV de Paris. Il me fit en tout cas découvrir Baudelaire et Poe sous un jour nouveau et très vif.
« Sylvie, souvenirs du Valois » est comme l’essence des Filles du feu. En tout cas, « Sylvie » m’enchanta de sa féérie nostalgique et de sa délicate ironie, en plus de me faire découvrir que la région parisienne avait recélé jadis des espaces champêtres et paysans, que je n’aurais pas soupçonnés. En les recréant, Nerval leur invente une légende immortelle.
L’édition dans laquelle je l’ai lue n’était pas une édition scolaire. Une note médiocre et jalouse, en bas de page, signalait que Jenny Colon qui aurait inspiré telle ou telle figure de femme fictive était en réalité une actrice assez quelconque.
Continuer la lecture de « L’aveu Nerval »

Titre de propriété

Plus de questions que de réponses

Souvent
Ma maison, mon arbre
l’adjectif possessif
Ô ma femme, ma main
me laisse perplexe
et je soupçonne une erreur
ma nuit, ma colère
ou une hérésie habituelle
sur laquelle je ne parviens pas
à mettre le doigt
mon doigt ?

Où est l’acte notarié
qui m’en accorde propriété ?
Je crains de l’avoir égaré

Suis-je possédant ?
De quoi, nanti ?
Suis-je possédé ?

Ma mère
mère de frères et de sœurs
leur mère
range ses affaires

Continuer la lecture de « Titre de propriété »