En haut des gorges
essoufflé, butant sur les cailloux
je suis tombé nez à nez
juste au-dessus
de ruines de Saint-Martin
avec un narcisse sauvage
poussé dans le chemin
Narcissus poeticus
Narcisse des poètes
révèle des circulations
d’eau souterraine
Personne alentour
juste les fantômes
de l’ermite
de l’ours et du berger
au ciel un rapace noir
auquel il manque une plume
Ne me séduisent ni
Narcisse au miroir
Adonis ni Hyacinthe
mais plutôt la nymphe Écho
dont il ne reste plus
que la voix attristée
entre deux parois rocheuses
ou les fleurs décapitées par milliers
pour composer des parfums
dans la ville de Grasse
La poésie flotte haut
je la situe au moins
à mille cent quarante-huit mètres
d’altitude après un dénivelé
de huit cents mètres
entre les aubépines
pins sylvestres, alisiers
et genévriers
Et je cultiverai
le souvenir
du narcisse sauvage
de la Combe obscure

