Narcisse des poètes

En haut des gorges
essoufflé, butant sur les cailloux
je suis tombé nez à nez
juste au-dessus
de ruines de Saint-Martin
avec un narcisse sauvage
poussé dans le chemin

Narcissus poeticus
Narcisse des poètes
révèle des circulations
d’eau souterraine

Personne alentour
juste les fantômes
de l’ermite
de l’ours et du berger
au ciel un rapace noir
auquel il manque une plume

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Sous-bois : nom d’une fleur, anémone

Avant que ne jaillissent les feuilles des arbres, sauvage passagère du printemps, invisible dès l’été, toute une histoire éphémère fleurit, blanche ici, rosée, écarlate ou purpurine ailleurs, belle et frêle comme notre bonheur, pourvu que l’on baisse les yeux.

L’anémone des bois, prénommée sylvie comme un songe de Nerval, constelle la clairière d’imaginations venteuses et décoiffantes. Nom scientifique : Anemone nemorosa, rose de mer, rose de Nemo, capitaine du Nautilus, enseveli dans son sous-marin au large de l’île mystérieuse ? Non, plutôt de nemus, « bois » en latin, bois sacré même, d’une sauvagerie surnaturelle, quelquefois visité par une divinité, anémone des bois.

Quel souffle visite en rase-mottes la plate-bande ? Éclose du vent selon la science antique, l’anémone tourne ses pâles pétales vers le soleil et les referme si une pluie trop violente menace ses tiges grêles.

Vénus pleurant sur le corps d’Adonis naaman aurait fait éclore magiquement du sang de son amant, comme bulles de pluie à la surface de l’eau écrit Ovide, ces fleurs de vent.