Photo : le charme du manoir de la Fresnaye dans le Perche
LE DERNIER ARBRE
Comme les forêts
mon écopoétique
en a pris un coup
au mois de juillet
deux mille vingt-six
et ne sait plus comment
survivre à la sécheresse
aux incendies, à la cendre
nôtres désormais
Faute d’accumuler
martyrologes ou requiems
les mots me manquent
laissant un blanc
et un silence
… … … …
Le compagnonnage muet
l’ombre bienfaisante
d’un grand charme
noueux, sculptural et trapu
vraiment vénérable
au manoir de la Fresnaye
dans le Perche
m’a aidé à passer un cap
Planté au temps d’Henri IV
dit-on, classé « arbre remarquable »
taillé en têtard
pendant des générations
il produit énergiquement
graines et samares
et ses branches redescendent
souplement jusqu’au sol
créant un pavillon de verdure
accueillant
À côté de lui
j’ai pensé au « dernier arbre »
seul à survivre aux combats acharnés
et bombardements diaboliques
dans le bois Delville
à Longueval dans la Somme
en mille neuf cent seize
un charme également
qui a aidé les Sud-Africains
à commémorer
tous les morts qu’ils y ont laissés
et dont les graines poussent aussi
là-bas à l’extrémité méridionale
du continent africain

