Le rouge-gorge et le bédégar

Dans la forêt du sommeil
dans la forêt du langage
rêve des feuillages

Quelquefois, il s’égare, papillon
à la recherche de la fleur
sur laquelle se poser
le mot

Un des précieux lexiques
dont Gérard de Crémone
Italien installé à Tolède
accompagnait
ses traductions de l’arabe
cite le bédégar
au douzième siècle

Rose du vent
vent et rose
en arabe, en persan
bédégar ?

D’un air de brigand
des Mille et Une Nuits
bédégar a désigné
une rose, le chardon-Marie
l’églantier et puis enfin
cette effloraison
étrangement chevelue
qui l’embroussaille

Note de bas de page
pour l’églantier
excroissance ou digression
hérisson végétal
galle verte ou rouge
entre l’épine et le fruit

Une guêpe minuscule
amazone
qui se reproduit
sans le secours des mâles
pond dans la tige
et fait pousser
pour ses larves
un nid, une cabane
plusieurs chambres
une salle à manger
bref un palais
sans pierre et sans ciment

Solution biologique
velue et écologique
à la crise du logement

Le bédégar est si échevelé
que Pline l’Ancien
y voyait un remède
mélangé à du miel
contre la calvitie

Similia similibus curantur
Ce qui se ressemble
se soigne, explique Paracelse
au seizième siècle

Les Anglais l’appellent
Robin’s pincushion
Pelote d’épingles à Robin

Robin Goodfellow le lutin
ou Robin redbreast
le rouge-gorge ?

Rouge-gorge en tout cas
selon la légende était tout gris
Il demande au Bon Dieu
la raison de son nom
sans obtenir de réponse

Bien plus tard
voit un homme gravir
une colline, battu, insulté
couronne d’épines sur la tête
Avec son petit bec
ôte une épine
plantée dans le front
une goutte de sang jaillit
qui marque son plastron

Avec l’épine
le petit oiseau avait
conquis son nom

Laisser un commentaire