Déportement de l’écriture

Par un intéressant coup du sort, la suite de Tuer Napoléon III (paru à Paris, chez Plon), qui se concluait sur la déportation du typographe républicain Étienne Sombre en Algérie, dans le bagne de Lambèse, en bordure des Aurès, paraît à Alger, aux éditions ANEP. Sans doute, il sera difficile de se le procurer en France.
Je ne m’en plains pas, et je suis heureux que Le Chevalier véridique aille à la rencontre de lecteurs algériens. Bien sûr, mon écriture, mon livre n’ont pas été déportés, disons qu’ils ont subi un coup de vent qui les a envoyés de l’autre côté de la Méditerranée. En revanche, l’un des fils de mon héros, Si Brahim Ou Si Saddoq a été déporté en Corse.
Il y a toujours un déportement dans l’écriture, et Le Chevalier véridique en comporte plusieurs, dont je mesure bien les périls, mais si la fiction ne permet pas de déplacer le point de vue, n’entraîne pas à se mettre à la place de l’autre, à quoi bon ?
Le travail sur ce roman m’a déjà donné plusieurs bonheurs, celui d’une recherche fructueuse dans les archives civiles et militaires de la colonisation pour mieux connaître le cheikh soufi Si Saddoq Ou l’Hadj, un voyage réel dans les Aurès et à Biskra, de chaleureuses rencontres dans un pays dont je n’avais fait que rêver jusque-là. J’avais eu l’occasion de l’habiter en imagination et en écriture pendant des mois, pour ne pas dire des années. Puisse le déplacement du Chevalier véridique vers Alger, que je vois comme un signe d’ouverture, contribuer à nous rapprocher d’une époque où Algériens et Français communiqueront plus librement les uns avec les autres, et où les livres parus d’un côté ou de l’autre de la Méditerranée circuleront plus facilement.

Le livre sera disponible pour le 25e Salon international du livre d’Alger qui se tiendra du 24 au 31 mars 2022.

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