Cycle de la mare

Flache, flaque anachronique
survivante des campagnes
de drainage et d’assèchement
on t’a oubliée au coin d’un pré
où tu stagnes à l’ombre
où tu parles à l’imagination

Sorcière, tu abreuves
bêtes domestiques ou fauves
et leur clapote
leur susurre
tes secrets mouillés
dans une langue renouée

Grand œil aux cils de joncs et de renoncule
solitaire guetteuse du ciel
tu dessines ses nuées
à travers de sombres ramures
tu clignes au passage d’un échalas humain
si une grenouille saute à l’eau

Jeter trois cailloux dans la mare
de la main gauche
en se signant de la droite ?
Vieille sagesse
on sait où le cercle dans l’eau commence
jamais où il finit
Qu’allez-vous réveiller ?

T’observant
Se mirant à l’onde opaque
surgit la crainte absurde
de se trouver soudain
sous la surface
de l’autre côté du miroir noir
à l’envers, avec les êtres d’ombre
et le fantôme
de la fille de ferme noyée
Rester tête dans les algues d’encre
les pieds en l’air
comme larve de moustique

J’ai longtemps pensé
que les idées naissaient
bulles irisées montées d’une eau noire
émanations de choses invisibles et sans nom
putréfactions au fond
d’un nigredo alchimique
surgies à la lumière

Lisière floue entre l’aquatique et le solide
paroi mobile entre
les morts et les vivants
Ô belle aux cheveux verts
et aux frémissements de têtards
quelle noire vérité couves-tu ?

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