Les premières lignes de la Villa Mais d’Ici, le livre issu de la résidence à Aubervilliers

Comme la Villa Médicis de Rome, si la Villa Mais d’Ici a un sens, il est sûrement lié à son implantation, à Aubervilliers, non loin du métro Quatre-Chemins, dans une rue qui est à la fois populaire et simplement pauvre, qui est à la fois ordinaire et différente, bref une rue qui mérite au plus haut point notre attention. Georges Perec aurait pu y planter l’un de ses immeubles, ou en faire le décor d’une Tentative d’épuisement d’un lieu.

Les grands bois

Photographie de P.-A. Touge

Quoique l’on s’y promène, les forêts effraient un peu ; ne serait-ce que par cette habitude des arbres d’accueillir sur les feuilles les gales, sur leur tronc lichen et mousse, dans leur écorce cloportes et compagnie. Si notre épiderme présentait la moindre de ces attaques, comme nous nous ruerions chez le médecin !
Si les arbres parlent, nous ne comprenons pas leur langage ; si nous étions blessés, agonisant, à leurs pieds, ils n’esquisseraient pas un mouvement pour nous secourir.
Tous ensemble, ils brouillent la visibilité, atténuent la lumière, ils sont propices aux embûches et aux embuscades.
La sylve est hantée, elle craque, elle gémit. Elle fait croire à une présence quand il n’y a personne, et dissimule complaisamment le brigand et le loup : elle a toujours des profondeurs auxquelles nous n’accédons pas.
Les bois ont, osons le mot, quelque chose de gothique ; « Grands bois vous m’effrayez comme des cathédrales » écrivit Baudelaire, ils tirent nos regards vers le haut, à donner le torticolis ou le vertige, comme les grandes orgues, mais cachent le ciel.
Y errer seul peut provoquer des accès de panique — du nom d’un étrange dieu grec, seigneur des faunes, des sylvains et des dryades.
Petit dans leur grande ombre, je me souviens des arbres qui détruisirent une légion romaine tout entière en Germanie, qui marchèrent contre une armée au pays de Galles.

 

Face au texte : cuisiner sa propre langue

Cuisinez votre propre langue :dans la chair des voyelles, entre les os des consonnes, levez de beaux filets de langue, dégraissez-les, séchez-les, frottez-les de sel. Puis mangez votre propre langue toute crue, pour qu’elle vous devienne consubstantielle.

Lignée II

samare de l'érable

Les arbres, certains confient aux vents de petits aérostats qui emportent chacun une graine dans les tourbillons. Quand la saison est là, érables, tilleuls, frênes ou charmes lancent dans la bourrasque, de toute leur hauteur, ces samares, appareils légers qui doivent emporter leur lignée en des terrains qui lui seraient inaccessibles autrement.

samare du charme

Et volent de singuliers papillons, aux ailes vert pâle, brunes ou acajou, plissés et dissymétriques, lestés pour mieux tournoyer sur eux-mêmes, dont un grand nombre se perd en des lieux stériles.
Confier à la rafale le soin de sa descendance, voilà des façons bien étranges.

samare du tilleul

Et puis on se rappelle la belle réclame gaufrée que portaient les épais dictionnaires Larousse : « Je sème à tout vent. ». De vrai, où atterrissent les mots lâchés sur la page ? Germent-ils jamais ?

samare du frêne

Lignée I

La lignée, les arbres la comprennent différemment. Leur généalogie remonte à des ères dont nous n’avons pas mémoire. La hauteur et la puissance de leurs ancêtres nous dépassent. D’ailleurs, à l’assaut des rocailles ou des dunes, un arbre enterre une branche ou pousse une racine :  il engendre alors des jumeaux parfaits sans l’intermédiaire des fleurs et des fruits. C’est nos conceptions qu’il bouleverse. Ces bosquets, ces taillis sont-ils le même individu dans plusieurs corps ou plusieurs individus au lignage identique ?

Photographie de P.-A. Touge

Un almanach naïf

Almanach de la place Saint-Front

Fête à ne pas manquer

On n’oubliera pas de fêter, le 26 décembre de cette année, la Saint Fulgence, saint patron des voyageurs souterrains du métropolitain.

 

Énigme

Ma demeure n’est guère silencieuse même si je ne hausse jamais la voix. Le créateur a lié nos trajectoires. Je suis plus rapide qu’elle et quelquefois plus fort ; elle est toujours plus constante dans l’effort. Parfois je me repose, tandis qu’elle doit continuer à courir.

Qui sommes nous ?

(Livre d’Exeter)

 

Les grands inventeurs :

Louis Charles Letur ( ?-1854)

On sait peu de choses de ce martyr de la science, sinon qu’il breveta en 1852 un « Appareil à soutenir une personne dans l’air ». À l’occasion d’un vol qu’il tenta en juin 1853, le journal parisien La Presse décrivit ainsi son appareil : « Au mât on a lié un siège de forme bizarre, et dans ce siège est assis M. Letur qui est lui-même solidement amarré par des cordes à toute la mécanique. Sous les pieds de M. Letur, il y a des espèces de pédales dont on verra tout à l’heure l’utilité. Remontons le mât. Au-dessus du siège s’étend un vaste parachute ovale de dix pieds de long sur sept de large. Pour tenir ce parachute en position convenable et pour l’empêcher de céder à l’air, comme fait un parapluie qui se retourne, M. Letur a imaginé une sorte de long réseau de cordes fines qui fixées aux deux extrémités du parachute vient se rattacher au siège. Ce n’est pas tout. Jusque-là, il n’y a pas de procédé de direction. Nous y voici maintenant. Immédiatement au-dessus du siège de M. Letur et au-dessous de la soie du parachute, il y a deux ailes fixées au mât par des charnières mobiles en  tous sens. Ces deux ailes ont deux mètres de long et un mètre de large et ont la forme des ailes du papillon. À l’aide des pédales qui sont établies à la partie inférieure de sa chaise, M. Letur fait mouvoir ces ailes qui, en s’agitant, doivent écarter l’air dans le sens où veut se diriger l’expérimentateur »… La démonstration de 1853 ne fut guère probante, hissé jusqu’à 300 mètres d’altitude par un ballon, « l’appareil à soutenir une personne dans l’air » dégringola vers le sol, sans réussir à se diriger. Si M. Letur survécut à ce vol, un autre, en Angleterre, lui sera fatal l’année suivante.

Édouard Léon Scott de Martinville (1817-1879)

Une dizaine d’année avant le phonographe d’Edison, un français, Édouard Léon Scott de Martinville avait inventé une machine à noter les sons, le phonautographe. Hélas, le phonautographe ne permettait pas de réécouter les sons qu’il reproduisait à l’aide d’une aiguille fixée à une membrane, sur un disque couvert de suie, et l’Académie des sciences qui conserve certains des enregistrements de Scott ne jugea pas bon de financer ses recherches. Ouvrier typographe dans une imprimerie, Scott de Martinville se ruina pour mettre au point cet appareil qui ne lui valut guère de reconnaissance. Par ailleurs, il fut également libraire, rue Vivienne à Paris, et auteur de brochures diverses : on lui doit par exemple un ouvrage sur les prénoms et un autre sur la classification des romans de chevalerie. Né dans une famille d’aristocrates ruinés, il avait baigné dès l’enfance dans l’invention, puisque son père travaillait à mettre au point des ballons dirigeables.

Rébus

pir       vent     venir

1          vient    d’un

(Attribué à Clément Marot)

Le saviez-vous ?

Le A est une tête de vache à l’envers. Il suffit de le tracer la tête en bas pour s’en rendre compte D’ailleurs Alef signifie « bœuf » en hébreux.

Attila le Hun était fiancé à l’impératrice romaine Honoria que sa famille a enfermée dans un couvent pour empêcher le mariage, d’où la mauvaise humeur proverbiale du conquérant.

Les deux fils du chef iroquois Donnacona, originaire de Stadaconé, Taignoagny et Domagaya ont découvert la France le 5 septembre 1536.

Rions un peu

Un des premiers actes de Napoléon III après son accession au pouvoir fut, on le sait, de confisquer les biens de la Maison d’Orléans. On fit à cette époque l’excellent jeu de mots suivant :

« C’est le premier vol de l’aigle. »

(Sigmund Freud)