Bourdaine

ll y a tout d’abord la joie
simple, juvénile
d’apprendre à la nommer
de se mettre un nouveau mot
en bouche,
même si la plante est toxique

Heureusement, on ne s’empoisonne pas
en proférant le nom d’une plante
vénéneuse

Arbuste ou buisson
à l’écorce du brun au gris
aux feuilles assez semblables à celles de l’aulne
constellé de fausses cerises d’août
plus petites, rouges puis noires

C’est la forêt de Bercé qui m’a offert
ma première bourdaine
Autre extrémité  de l’ancienne
forêt géante des Carnutes ?
Ses chênes doivent aider
à couvrir le nouveau toit
de Notre-Dame de Paris

La bourdaine, buisson d’Europe
est considérée comme étrangère
invasive
aux États-Unis et au Canada
mais protégée en Irlande

Querelles de frontières :
ici on tente en vain d’arracher
renouées du Japon
ou ailantes de Chine
qui couvrent fossés et talus
uniformément
et on conseille la bourdaine
pour ralentir leur repousse

Pourtant
si seules les invasives
survivent
aux flammes à venir
ne faudra-t-il pas
les accueillir ?

La bourdaine
paradoxale
pousse en terre acide et humide
ou calcaire et sèche
elle offre des fruits toxiques
Les chevreuils paraît-il s’en enivrent
et hallucinent

C’est aussi un remède ancien
de l’époque où purger
faisait la moitié de la médecine
avec saigner
mais presque trop efficace
L’écorce doit sécher deux ans
avant d’être utilisée

Rurale, pacifique
tinctoriale et
bonne à vanner
paniers bretons
cages à oiseaux ou ruches
pourtant dite « fragile »
frangula
hôte du papillon citron
elle a aussi fourni
cuite et recuite
un charbon d’une telle qualité
que les armées du roi
le préféraient à tout autre
pour la poudre des mousquets
des canons

Mais je préfère me souvenir
que la bourdaine
jadis chez les Bourguignons
entrait dans la confection
de la robe de mai ou ramlet
costume de verdure
de feuillage, de feuillard
arboré par les jeunes gens
pour célébrer le printemps
en sa verte folie

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