Thèse et antithèse du gui


Présent toute l’année
Mais plus évident
Par temps de ciel laiteux
Peint à la grisaille
Par temps de neige
Sempervirent
Ce toxique nous atteindrait au cœur
Précipitant ses battements
Comme le baiser
Sous son feuillage clairsemé
Sous le gui échangé
Baiser et non suçon
De petit vampire vert
Assoiffé de sève

Que viens-tu faire
Demandera-t-on au rimailleur
Pousse méprisée et méprisable
Petit parasite
Dans ce sentier
Déjà emprunté
Par Francis Ponge
« Le gui la glu »
Dont tu sembles
Tout imprégné ?

Et pourquoi, petit
Ne mettrais-je pas
Mes pas
Dans ceux d’un plus grand
Comptant pour rien
Le risque de m’engluer ?
Glose et paraphrase jadis
Étaient des exercices
Littéraires respectés

Par temps de lune ronde donc
Par temps lunaire
Patient et lent constructeur
De globules
De sphères
Sphère armillaire
De planétaires
Aux rouages verts
Tournoyant
Immobiles
Dans la brume d’hiver
Dans le givre de ce matin

Antithèse aérienne :
Parent de la flèche
Parent de l’oiseau
Voyageant dans les tripes des grives
Ou des fauvettes
Gui ne garde pas les pieds sur terre
A la tête dans le brouillard
La tête en l’air
Bulle ronde, verte et vide
Lisse et plastique

Thèse collante :
Glu dont je suis engluée
Viscum album
Album visqueux
Écriture sans élan
Piège à oiseaux
Baies blanches broyées
Mises à pourrir et remouillées
Pour empêcher les vols de fuir
D’autant que mon grimoire favori
Le Grand Albert
Assure que si
À une branche on pend le gui
Avec une aile d’hirondelle
Tous les oiseaux s’y rassembleront
De deux lieues et demie
Tout est dans la précision

D’un, synthèse sonore :
Gui, c’est un cri nous dit-on
Gutheyl ! pour les anciens Germains
— Au gui l’an neuf !
Cri des Gaulois
Cueilleurs du rare gui du chêne ?
À des époques qui ne faisaient pas de cadeaux
Qui autorisaient tout juste la quête
Comme aujourd’hui
La vente des calendriers

De deux, synthèse dorée :
Ô lecteur ne t’envole pas encore
Car Virgile dans L’Énéide
Le compare au rameau d’or
Poussant
Sur l’arbre au feuillage gémellaire
Clé aller-retour
Pour le royaume de morts
D’ailleurs pommiers et peupliers
Robiniers
Sont tout enguirlandés
De gui autour du cimetière
De mon village
D’ailleurs Collin de Plancy
Nous dit qu’on l’appelait
En Alsace
« l’arbrisseau des spectres »

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