Le pin rouge et les Marx Brothers

Est-ce un pin sylvestre ?
En tout cas, ce n’est pas
Le pin noir d’Autriche
Agent de repeuplement
D’un office des forêts
En mal d’imagination

Mais celui-ci qui
Prend ses appuis
Comme un lutteur
S’arc-boute, s’ancre
Résiste au vent

Si nécessaire, il rampe
Freine des quatre fers
Pousse à l’oblique
Plutôt qu’à la verticale
Avec une ramure
Plus variée que
D’autres conifères

Ossature rouge orangé
Perçant sous un feuilletage
D’écorces grises
Aiguilles serrées,
Courtes et denses
Quand nécessaire
Il conquiert les pentes
Les rocs, les éboulis

Et son ombre
Pas plus que ses aiguilles
N’étouffent ni
Le buis nain
Ni les graminées

Je me souviens d’enfants parisiens
Qui fréquentaient souvent le samedi
Après l’école les pins sylvestres
Plantés jadis dans le désert d’Apremont
À Fontainebleau
Par Achille Bois d’Hyver

Ô Pin sylvestre
Avec ton nom d’une syllabe
Le prénom un peu long
Qui te sert de nom de famille
Est du meilleur effet

Aucune difficulté
Pour te présenter
Aux parents de la fiancée
Monsieur Pin, Sylvestre
Râblé, mais dur à la besogne

Comme le frère Marx
Négligemment
Appuyé contre un mur
Auquel on demande
S’il soutient la maison
Et dont le départ
Provoque un effondrement
Ce pin tient la montagne
Tout autant que la montagne
Le porte et le nourrit

Mais le portrait
Ne saurait être complet
Sans la mention de ses fruits
Pignes ou pommes
Incomestibles à l’homme
Mais sculptures vivantes
Fort décoratives
Qui roulent en bas des pentes

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