Golem de lettres

Je voulais écrire qu’un roman est un golem de lettres.
On ajoute un mot sur le front et, une fois le titre inscrit, le texte s’anime d’une vie propre et ne nous obéit plus.
Comme la confection du golem, l’écriture tient du modelage, elle travaille l’épaisseur de la langue, sculpte la phrase, modèle le récit, laisse de la matière sur les doigts, tandis qu’ils y laissent parfois leur empreinte.
Pétrir le relief paradoxal du texte, par pression, par incision, par suppression, impression me paraît être une clé du secret.
Mais aussitôt d’autres figures s’invitent dans ma réflexion naissante, la prolongent, la déforment, l’étirent, la fragilisent.
Que je le veuille ou non, voici le baron Frankenstein de Mary Shelley, peut-être héritier de la légende du golem. Victor rêve et fabrique une créature aussi parfaite que possible, mais quand elle s’anime, c’est une horreur incomplète qu’il faudra poursuivre jusqu’aux solitudes glacées du pôle et annihiler.
Et encore Pygmalion de Paphos, dans Ovide, amoureux de sa statue, comme un écrivain qui ne peut se séparer du texte en cours, qui ne peut l’achever, car cela signifierait mettre un terme au face à face, à l’idylle.
Et cette réflexion qui aurait pu être clairement architecturée se gonfle d’excroissances disgracieuses, d’assemblages approximatifs, avant de s’échapper, monstrueuse caricature du désir de beauté qui l’a fait naître.

Face au texte : le poids du lecteur invisible


Un lecteur m’a avoué que comme certains de ses collègues, il s’accrochait aux phrases du texte, qu’il y plantait les dents pour le dévorer, qu’il le compulsait en détail, je m’étonne moins que le texte ait parfois du mal à décoller, alourdi qu’il est par tous ces lecteurs clandestins qui s’y cramponnent.

Désormais, je secoue vigoureusement mes textes pour en décrocher les lecteurs invisibles qui l’alourdiraient.
Quoi, vous êtes encore là ? Je secoue plus fort.

La question houx


Certes, il reste vert
en hiver
ilex aquifolium
et cela nous rassure
peut-être encore
sur le retour
des beaux jours

Mais une fois décrochées
les décorations de Noël
une fois passées les festivités
et les pâtisseries
que reste-il du houx ?
un cri dans la forêt
qppel ou avertissement
de bête nocturne

Entre en scène le coriace
chevalier vert
cuirassé de pointes
en sa jeunesse

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Nouveaux ateliers Ancêtres

ANCÊTRES AU BOURGET, UNE INVITATION À CRÉER
Depuis 2012, les spectacles participatifs Ancêtres retracent les aventures qui ont fini par réunir nos aïeux depuis leurs diverses régions ou pays d’origine. Mêlant scènes du quotidien et aventures, ils reposent sur des figurines articulées, sculptées par les participants. Tenant à la fois de la poupée, de la marionnette et de la statuette, ces figurines racontent le travail, les voyages, l’exil, la résistance, l’amour et surtout matérialisent le lien mystérieux et invisible que chacun de nous entretient avec ses ancêtres.
S’ils sont souvent drôles et touchants, s’ils ressemblent justement à un jeu d’enfant, avec figurines et accessoires, ces spectacles n’esquivent pas forcément les épisodes violents ou tristes, mais ils les abordent toujours avec simplicité, mesure et discrétion, et la présence des statuettes crée une médiation qui permet une distance et l’expression de la tendresse.


CALENDRIER
28 janvier 2019 : présentation du projet
Fin janvier et février 2019 : ateliers de paroles et d’écriture (avec Jean-Baptiste Evette)
Mars à juin 2019 : ateliers de construction et de sculpture
Septembre à décembre 2019 : ateliers mise en scène et jeu
Représentations en décembre 2019 et en 2020
Avec Sham LeBourget, la Ville du Bourget la Drac Île-de-France (Ministère de la Culture).

Doutes sur le verbe « narrer »

La grammaire ne le signale pas comme un verbe défectif ou défectueux, mais
est-ce qu’on écrit, autobiographiquement, je me narre ? Il se narre ?
est-ce qu’on demande réellement : Qui a narré ?
est-ce que j’ai déjà lu : Il narra et renarra toute l’histoire d’une voix nasillarde ?
j’ai l’impression que ce verbe étrange se conjugue rarement
pourtant, remarque Littré, dans Les Provinciales de Pascal, ou plutôt de Louis de Montalte
« Je vous suis plus obligé que vous ne pouvez vous l’imaginer de la lettre que vous m’avez envoyée ; elle est tout à fait ingénieuse et tout à fait bien écrite. Elle narre sans narrer ; elle éclaircit les affaires du monde les plus embrouillées. »
Inénarrable, soit, mais narrable ? À part Paul Valéry, révérence.
Narrateur, évidemment, comme interrogateur, calomniateur, mais aussi acteur ou danseur.
Comme certains êtres, un mot peut provoquer un léger malaise.
Qu’est-ce que vous me narrez là ?

Corridor

Source : Hoogstraten, 1662, Wikipedia

Chut, on entre dans un
corridor obscur
et silencieux
quand, où ?
est-ce un moment ou un lieu ?

une fois la lampe éteinte
ça commence
il se déploie
le corridor occulte
et passionnant
qui mène du jour à la nuit
de la veille au sommeil
corridor, personne n’y court
on avance pas à pas, entre les fantômes
plutôt l’intelligence jette parfois
un curieux éclat
comme la flamme
d’un feu qui s’éteint
entre rêve et réalité
un corridor ou un carrefour
qui ouvre sur quelles portes ?
quand, où ? Continuer la lecture de « Corridor »