Au buis

Et puis
Eh oui
Le buis
Jadis appelé bouis
Glabre, lisse, persistant
Résistant aux intempéries

Serai tenté
D’affilier le buis
Au buisson
Mais fausse étymologie

Pousse sauvage
Aux pays où il fait soif
Serai tenté encore d’y voir
Une conjugaison régionale
Du verbe boire

Même si Pline l’Ancien l’appelle
« Dormant et silencieux »
Bien du bois dont on fait les flûtes
Les clarinettes, les cornemuses
Ou les appeaux
Destinés à tromper les oiseaux

Son rameau séché avec un crucifix
S’empoussiérait
Aux murs de mon enfance
Près d’un miroir
Au tain brouillé par l’âge

Buxus sempervirens
Vendu dans les rues
Bénit pour la fête des Rameaux
Offrait un équivalent local
Aux palmes posées dans la poussière
Pour accueillir triomphalement
Aux portes de la ville sainte
Un Christ modestement
Monté sur un âne

Décrivant sa villa à un ami
Pline le jeune déjà le dit
Le buis était taillé
En mille figures
Lettres ou dieux

Tandis qu’Olivier de Serres
En son Théâtre d’agriculture
Célèbre ceux du château de Gaillon
Depuis des siècles enfuis
Figurant par l’habileté des jardiniers
Bâtiments, pyramides, colonnes
Hommes et bêtes
Bref un palais de verdure
Face au palais de pierre

Et si je sculpte des topiaires
Au jardin
De la page
Mes strophes
Seront-t-elle comme le buis
Attaquée par un papillon de nuit
Pâle, ravageur, dévorant
Nommé pyrale ?

La dureté concurrente du métal
Du buis bouilli
En faisait le bois à tourner
Des boîtes, des pipes, des toupies,
Mais aussi des pièces d’industrie
Pour la typographie
Où la cordonnerie

Plaques de graveur
Mais aussi dans l’Antiquité
Tablettes de buis
Que l’on couvrait de cire
Pour à son aise y brouillonner
Avant d’effacer
Et de recommencer
Plus sagement que moi
Qui crois avoir terminé

Laissant le buis
À mon enfance
À son silence
À son sommeil

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