Naturellement,
murmurent les arbres
d’un même souffle
nous avons davantage
d’affinités
avec le vent
même si parfois
la tempête nous moissonne
et nous couche
dans nos linceuls de verdure
quand nous soufflons nos pollens
avant l’apparition des feuilles
à perdre haleine
« anémogamie » écrit le botaniste
mariage aérien par les alizés
en grec anemos, en latin anima
souffle de l’âme
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Deux viornes des petites routes du Perche
Fleurs et feuilles printanières
dans la bibliothèque de la haie
offrent toujours même après des années
quelques surprises
Comme un florilège poétique
ignoré jusque-là
se révèle au long d’une route familière
arbrisseau ou arbuste, tressé aux autres
petites fleurs blanches
en corymbes circulaires
dont le parfum vaguement malodorant
attire sans doute d’autres que nous
feuilles d’une verdeur de menthe, veloutées
finement dentelées, bourgeons nus
On lui a attribué tellement de noms
que cela crée un flou
son histoire doit être longue
et riche en langues anciennes
rurales et païennes
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Texte forestier
En Inde…
encore une fois je parle sans savoir
à l’aveugle, à l’aventure
au risque de me perdre en chemin
parce que c’est ainsi que je me sens vivre
Au Tamil-Nadu…
j’ai appris qu’une partie des écrits védiques
sont des aranyakas
c’est-à-dire des textes forestiers
au sens où, sans doute,
marginaux, étranges voire dangereux
ils ne doivent pas être étudiés
ou proférés
dans le confort du village
mais à l’écart, en lieu autre, isolé
Du sanskrit aranya
qui signifie « forêt »
Et de vrai, comme face à une forêt
je n’ai ni eu ni assez de bras
pour étreindre ce pays
ni assez d’yeux pour le voir Continuer la lecture de « Texte forestier »
Feu de forêt
Escarbilles, haleine brûlante
Flammes montent
Feuilles flétrissent
Rameaux flambent
Sève bout
siffle, crépite
Bois se fend
Écorce éclate
Au bûcher de l’incendie de forêt
nulle part où courir
Les arbres
assistent sans pouvoir bouger
à l’embrasement
au martyr des leurs
qui ardent
frémissent d’angoisse
assourdis par les
cris d’agonie muets
Victoire du poirier
Photo de Mickaël Jézégou : Le monumental poirier de Keranfaro, Taulé, Finistère, sur le beau site des têtards arboricoles
Géant échevelé
surgi au détour d’un chemin
dans un vallon drômois
ou nain noueux et écailleux
dans mon jardin de Normandie
L’un Pyrus pyraster, sauvage et épineux
aigrin ou pérussier
aux fruits petits et âcres ?
arbre maudit selon les traités étrusques
L’autre Pyrus communis, domestique
arbre porte-chance des anciens
qui offre à l’automne
un dessert suave
cuisse-madame ou bon-chrétien ?
Troène – amoureuse
Troène – amoureuse
Pourquoi ai-je dépassé si souvent
le troène aux belles feuilles
opposées, lancéolées, luisantes
sans le voir
lui, ni ses fruits noirs et toxiques
ni ses corolles virginales
Certes, sa hauteur ne dépasse guère
six ou huit pieds
on le rabat souvent
pour en faire des haies
mais c’est surtout
parce que j’ignorais son nom
que je ne le distinguais pas
Troène, nom germain
C’était ligustrum en latin
de ligus, « lien » ?
parce que la souplesse
de ses branches sombres
permettait de les tresser
Ou de Ligurie, obscurément
géographique ?
Les noces d’Orient et d’Occident : platane
Platane de l’Aigle, photo Office du tourisme de l’Aigle, Emmanuel Boitier
Quoique Francis Ponge
et Paul Valéry lui
aient consacré
chacun un poème
devant le platane commun
j’ai hésité
tant il me paraissait banal
arbre d’alignement en somme
poussiéreux et sec
Écorce mouchetée
renouvelée par écailles
feuille coriace dessinée
comme celle de l’érable
hauteur majestueuse
Résistant à la mutilation
il survit même en moignon
et défie les polluants
Et puis comme toujours en cherchant
en feuilletant
ce qu’offrait à aimer
cet arbre des villes
places et bords de route
j’ai croisé tant d’affabulations
étonnantes
que j’aurais aimé
les raconter toutes Continuer la lecture de « Les noces d’Orient et d’Occident : platane »
Un bouquet d’épines – Remix mash-up pour Erolf Totort
Épines adventices
indésirables, tenaces
hôtes rebelles à la marge
aventurières de la zone
à vous fréquenter
on ne repart pas sans écorchure
Vous n’êtes pas de haute futaie
de vieille lignée
mais sauvages et familiers
ascètes des terres ingrates
vous dormez dehors
en terrains vagues
Épines dans le pied
bien pensant
vous semez un désordre punk
au jardin français
et n’offrez vos fruits
qu’aux vagabonds
Prunellier qui constelles
de perles bleues
givrées de pruine
la clôture que tu chiffonnes
âpre, astringent, et piquant
Épine noire pour résumer
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L’arbre transparent I
Personne ne m’a dépêché
pour ne sais quelle quête
de l’arbre effacé
Mais n’empêche, je cherche
sans savoir comment ni quoi
Arbre débité, essouché,
empilé dans un pays
dont on continue
à arracher les haies ?
Arbre insaisissable
chuchote dans l’invisibilité des forêts Continuer la lecture de « L’arbre transparent I »
Laurier sans couronne
Il faut rester
sous tes branches
pour sentir ce que tu sens
Ô laurier
écouter ce que tu contes
entendre si une nymphe
soupire dans ton feuillage luisant
tout bas
dans une langue secrète
Tenons-nous, toi et moi
loin du tintamarre assourdissant
des clairons, des trompettes
du fracas des glaives
des victoires militaires
des gloires à l’Antique
Plus près d’une vérité végétale ?



