« America », d’Alan Ginsberg

Il s’agit d’un poème que j’admire parce qu’il est drôle, parce que sa forme est ouverte et ne s’adonne à aucune circularité musicale de rime ou de sonorité, parce que c’est un poème qui marche et qui danse, toujours avançant, riant et mordant. Il y a sur un site anglo-saxon un très bel enregistrement où Ginsberg le récite et où le public rit beaucoup. (www.poetryarchive.org)

AMÉRIQUE

Amérique, je t’ai tout donné et maintenant je ne suis plus rien.
Amérique, deux dollars et vingt-sept cents, le 17 janvier 1956.
Je ne supporte plus mes pensées.
Amérique, quand mettrons-nous fin à la guerre humaine ?
Ta bombe atomique, tu peux te la mettre dans le cul,
Je ne me sens pas bien, laisse-moi.
J’écrirai mon poème quand je serai dans l’état d’esprit qui convient.
Amérique, quand deviendras-tu angélique ?
Quand te mettras-tu à nu ?
Quand regarderas-tu ta mort en face ?
Quant te montreras-tu à la hauteur de ton million de trotskystes ?
Amérique, pourquoi tes bibliothèques sont-elles pleines de larmes ?
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Un caprice du Sieur de Saint-Amant pour fêter le printemps

LE MAUVAIS LOGEMENT

Gisté dans un chien de grabat,
Sur un infame lit de plume,
Entre deux draps ceins d’apostume,
Où la vermine me combat :
Je passe les plus terribles heures
Qui dans les mortelles demeures
Puissent affliger les esprits ;
Et la nuit si longue m’y semble,
Que je croy qu’elle ait entrepris
D’en joindre une douzaine ensemble.
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Un inconnu en mars

FIGMENTS

Un figment, en supposant que le mot puisse exister en français, ce serait, un bref récit poétique, ou un poème narratif de petite étendue. Tout en ressemblant au fragment, le figment serait plus nettement inventé et plus souvent complet. À la figue, bien sûr, il voudrait emprunter, la forme close et parfaite, le goût et la chaleur, la capacité à sécher et à se conserver. Cependant, il se garderait du sucre ; pour être concis, il vaut mieux être salé.

Père
Un jour, le père c’est une statue comme celle du commandeur, mais on le gifle à s’en meurtrir la main et il ne remue pas, il ne parle pas, il ne parle plus.
Un autre jour, le père, on mène une enquête et on s’aperçoit qu’il n’existe pas. Personne ne le connaît ; ses collègues ne se souviennent plus de lui. Ses traces se sont effacées, au point qu’on risque presque de disparaître soi-même.
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La Lande des au-delà de Duprey me point

La lande des au-delà
J’habite l’intérieur de la maison des ombres, aux parois vertébrées comme la coquille du chien. Chaque nuit, je m’enfonce un peu plus profondément, selon le rythme de la grande pendule de légende dont les aiguilles n’avancent qu’à partir de vingt-cinq heures.
Les fenêtres sont laissées à l’extérieur, car la maison est réversible et des chemins s’enfoncent partout.
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Jusqu’à mon dernier souffle : poème de Jean-Pierre Rosnay

INTIMITÉ DU CHRIST
Jésus se fait deux œufs sur le plat. Il n’est pas coiffé, pas rasé, pieds nus, il a laissé sa croix dans un coin. Aussitôt qu’il a un moment, il dessine des enfants, des enfants, des enfants. Parfois, il lit les journaux et hausse les épaules. Ce que l’on colporte sur son compte l’irrite, accentue sa fièvre.
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J’aimerais bien m’appeler Tomas Tranströmer

Ils jouent au football
soudaine confusion – la balle
a fait le mur

Ils font souvent du bruit
pour effrayer le temps jusqu’à
ce qu’il trotte plus vite.

Des vies mal épelées –
la beauté subsiste sous forme
de tatouages.

Quand on reprit le fugitif
il avait les poches pleines de chanterelles.

Le portail s’ouvre en glissant
nous voici dans la cour du pénitencier
dans une nouvelle saison.

Le garçon boit du lait
et s’endort tranquille dans sa cellule
une mère de pierre.

Fragments volés à Prison, dans BALTIQUES, de Tomas Tranströmer