Situé au sein du parc naturel régional du Perche, le chêne de la Lambonnière est protégé par l’Association Faune et Flore de l’Orne – AFFO.
Arrivé devant un grand chêne, on s’arrête
quelquefois, médusé
comme devant une apparition surnaturelle
Il est ineffable, ce moment cathédral
de manifestation, de révélation
et l’on ne sait au juste
quel secret on vient d’apprendre
L’intuition fugitive qui nous poigne
est-elle oiseau ou même papillon
À tenter de la saisir
risque-t-on de l’étouffer ?
Si l’incertitude engendre un texte frêle
qu’il soit comme le saule fragile
qui perd des rameaux
pour mieux les bouturer
au long des rives du cours d’eau
Cette force, cette majesté ligneuse
phare ou amer
poussé d’un autre temps
une ère plus ancienne que l’humanité
que nous disent-elles de personnel ?
Une signification bourgeonne
je crains de la voir geler ou sécher
mais elle ne tient pas en place
dans le vent du langage
Par contraste, la certitude démesurée
du chêne, son évidence intrinsèque
relèvent-elles d’une épiphanie
manifestation d’une divinité cachée ?
J’ai beau être né à l’époque
de la galette des rois
cela ne m’aide pas
On excusera ce questionnement
sinueux, il faut prendre son temps
marcher jusqu’à la lisère du bois
pour déchiffrer cette énigme éternelle
Un été, le chêne de la Lambonnière
avait fait peur au petit garçon
que j’accompagnais
peut-être que l’enclos
qui jadis protégeait ses racines
du piétinement évoquait
une bête en cage
Quercus robur ?
Dans le ciel, deux martinets
se relayaient à éloigner
un faucon qui n’y pouvait mais
Théophanie, hiérophanie
révélation d’une dryade invisible
une Eurydice ?
Qu’est-ce que le chêne nous enseigne
au fil des saisons ?
Cet hiver cherchant parmi les glands
les feuilles tombées, les galles
tournant autour
des mousses et lichens vert-de-gris
j’ai perdu ma question
tandis que merles et choucas
se moquaient
Puis soudain, le reflet du ciel
et de l’arbre dans l’étang
m’a invité à prendre la question à l’envers
Un rouge-gorge chantait
il fallait que je trouve
ma place dans le paysage

