Une sorte de début de roman pour juillet

Tout commence de manière plutôt anodine ; c’est dans la rue d’une ville ordinaire. On voit passer un individu trop grand, dont les enjambées font trembler le sol et dont le regard est impossible à soutenir. Il y en a un, puis deux, puis trois et d’autres encore. Leurs mouvements ont quelque chose d’imparfait comme si leurs corps n’étaient que des formes empruntées ou imitées. Est-ce que c’est une campagne publicitaire ? Une manifestation ? Personne ne réussit à leur parler ni à les arrêter. Manifestement ils ne sont pas d’ici, mais on ne sait pas d’où ils viennent ; on ignore comment ils ont surgi dans ce coin de l’espace. Peut-être observent-ils ; peut-être essaient-ils de se faire une idée, de rassembler des éléments qui leur serviront…
Un jour, ils lancent leur attaque. Les lampes et les écrans s’éteignent; les voix se taisent, les moteurs s’arrêtent, les avions tombent comme des pierres, les canons s’enrayent. Ils n’ont aucun mal à balayer les défenses qu’on leur oppose, ils anéantissent les résistances, brisent les volontés.
Finalement, ils réduisent les hommes en esclavage et les marquent d’un chiffre au front. Tout devient silence et soumission. La vie continue, mais il n’y a plus de décisions à prendre, plus de liberté. D’une certaine manière, tout est devenu plus simple.

Quant aux rebelles ou même aux plaisantins, ils disparaissent. Une police très efficace les arrête ; quant ils sont relâchés, ils ne sont plus les mêmes ; ils bafouillent et ânonnent. Ils ont oublié leur existence antérieure et sont devenus très obéissants.
On apprend que les nouveaux maîtres sont cinq, seulement cinq et qu’ils ne sont pas aussi parfaitement identiques qu’ils le paraissaient à première vue. À l’aide d’une technologie inhumaine, ils construisent une tour immense, lisse et noire ; chacun des étages est plus haut qu’un bâtiment ordinaire et son sommet se perd dans les nuées. Bientôt elle est reliée à des voies ferrées par lesquelles des trains automatisés apportent des quatre coins du monde fruits, bois, tissu, plats cuisinés, objets manufacturés. Les wagons ressortent vides ; tout est englouti dans la tour et disparaît à jamais.

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