Espèces d’espace, comme disait Perec

Tout de suite, très simplement, il y a tout d’abord le carrefour. Une fois qu’il est dépassé, on tend à regretter le chemin que l’on n’a pas suivi, mais en même temps, à la croisée des chemins, on ressent un inconfort qui nous pousse à emprunter ou l’un ou l’autre. Serait-il possible d’habiter cette incertitude, le lieu d’où les chemins divergent, d’y rester, d’y faire sa maison ?
Très simplement, il y a, ensuite, le paysage. Dès qu’on le voit, dès qu’on l’aime, on voudrait s’y trouver, le toucher de près, y être inclus, et lorsqu’on l’approche, il disparaît. On comprend alors qu’il n’existait que dans la distance qui nous séparait de lui. Sans doute, cela a-t-il un lien avec l’essence du désir. Continuer la lecture de « Espèces d’espace, comme disait Perec »

Supermarché en chantier

RETOURNONS AU SUPERMARCHÉ

Bienvenue au grand palais du néant : parallélépipède posé là, qui ne ressemble à rien. Pas de rythme dans la façade : le concept de fenêtre lui échappe, il connaît seulement la porte.
Le supermarché est ceint de places de stationnement rangées comme des tombes dans un cimetière militaire (quelquefois cependant en épis ou en quinconce). La dialectique du parking veut toujours inscrire le plus de voitures possibles dans un espace donné, comme les corps dans le cimetière. En guise de cénotaphes, les cahutes qui abritent les chariots.
Ils sont enchaînés les uns aux autres comme jadis les forçats, qu’on emmenait vers leurs lieux d’embarquement. Guère de plaisir à les libérer cependant.
À côté de la porte, toujours les remugles malodorants (une hallucination olfactive persistante ?), comme si j’entrais dans un local à poubelles.
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