Un jeu en forme d’exercice moral pour octobre

Le jeu de l’imposteur
Imaginez que vous êtes un imposteur. Dites-vous que la position que vous avez atteinte est usurpée. Figurez vous que tout ce que vous avez acquis est le fruit d’un vol. Persuadez-vous que l’estime qu’on a pour vous est imméritée. Faites le compte de vos mensonges et de vos infamies secrètes. Remémorez vous les moments de votre vie que vous avez préféré oublier.

Un texte inédit et passablement déplaisant, pour août

Ton visage n’est pas probant ; il est mou, inachevé, ni jeune ni vieux, difficile à reconnaître et difficile à mémoriser. La silhouette n’est guère caractéristique non plus… Tu es petit, mais pas assez pour que cela en fasse un signe distinctif.
D’où mon problème, sans doute… Pour l’instant les murs du centre et les médicaments t’ont tenu à distance, mais un jour, tu me retrouveras, je le crains. Tu te faufileras, tu passeras entre les barreaux…
La première fois que je t’ai tué, je devais avoir dix ans, au camping du bord de l’Ardèche. Tu m’as dit quelque chose, je parviens plus à me souvenir quoi, mais c’était désagréable et vexant ; certainement un truc grave, comme « Tu n’existes pas » ou « Tu ne mérites pas de vivre ». Nous étions sur la grève, au milieu des galets, maigres et gauches dans nos maillots de bain. J’ai ramassé une pierre, la plus grosse que j’ai pu, si grosse même qu’on a eu du mal à le croire par la suite. Je l’ai abattue sur ta tête, qui a craqué, qui s’est déformée sous le choc. La force du coup t’a jeté dans l’eau, gamin désarticulé, pauvre poupée. La pierre ensanglantée a fait un bruit mat en retombant sur les galets. L’eau a rougi. On a en parlé dans le quotidien régional, j’ai vu les articles jaunis, longtemps après.
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Supermarché en chantier

RETOURNONS AU SUPERMARCHÉ

Bienvenue au grand palais du néant : parallélépipède posé là, qui ne ressemble à rien. Pas de rythme dans la façade : le concept de fenêtre lui échappe, il connaît seulement la porte.
Le supermarché est ceint de places de stationnement rangées comme des tombes dans un cimetière militaire (quelquefois cependant en épis ou en quinconce). La dialectique du parking veut toujours inscrire le plus de voitures possibles dans un espace donné, comme les corps dans le cimetière. En guise de cénotaphes, les cahutes qui abritent les chariots.
Ils sont enchaînés les uns aux autres comme jadis les forçats, qu’on emmenait vers leurs lieux d’embarquement. Guère de plaisir à les libérer cependant.
À côté de la porte, toujours les remugles malodorants (une hallucination olfactive persistante ?), comme si j’entrais dans un local à poubelles.
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Étrange

Fruit d’une nouvelle collaboration avec la compagnie Les Grandes Personnes, le spectacle confidentiel intitulé « À la corde (première époque) » s’est joué samedi 1er et dimanche 2 juillet, pendant les folies de Maubeuge. « À la Corde » raconte le fil d’une vie, depuis la naissance, jusqu’à l’exil, avec de nombreuses sculptures. C’est une sorte de cinéma d’avant le cinéma, avec une voix vivante (http://www.lesgrandespersonnes.org/).
_ C'est un garçon, il s'appelle Odilon

Encore un poème de Ginsberg et un supermarché

(Ça me fascine; j’ai bien l’impression que nous manquons de poèmes qui évoquent les supermarchés.)

UN SUPERMARCHÉ EN CALIFORNIE

Voilà ce qui me vient à ton propos ce soir, Walt Whitman, car j’ai arpenté les contre-allées, gêné par un mal de tête, et j’ai regardé la pleine lune à travers les arbres.
Fatigué et affamé, cherchant des images à consommer, je suis entré dans un supermarché aux fruits de néon, en rêvant à tes énumérations !
Quelles pêches et quelles éclipses ! Des familles entières qui font leur course en pleine nuit ! Des allées pleines de maris ! Les femmes dans les avocats, les bébés dans les tomates — et toi, Garcia Lorca… Que faisais-tu parmi les pastèques ?
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