Noyer royal

Exposant à nouveau
Ces frêles esquifs de mots
Aux périls de la navigation
Sur la page blanche

Je pense forcément
À la coque de noix
Et mon ennemi
Mon persécuteur intérieur
Chuchote : « Poèmes à la noix »

Noix gaulées
Ou tombées
D’une vieille branche
D’un haut noyer

Avant d’avoir franchi la page
Allons-nous nous noyer
Dans les lagunes du doute
Embarqués sur une coque
Trop légère
Une coquille de noix ?

Noix
Ouvertes au couteau
Au risque de se couper
Les doigts

Avec une goutte de cire
Pour y fixer un mât
D’allumette
Muni d’une voile triangulaire
En papier

Berceaux d’un rêve
Minuscule
Confié à l’onde
Périlleuse

Mais ne rêvassez pas
À l’ombre du noyer
Dit-on encore en Dauphiné
Ou dans le Périgord noir
Sous peine d’attraper
Froid au corps ou à l’âme

Pourtant tout n’est pas froid
Dans le noyer

L’Évangile des quenouilles
Spécifiait en quatorze cent quatre-vingt :
« Si une femme veut
« Que son mari ou ami
« L’aime fort
« Elle lui doit mettre
« Une feuille de noyer
« Cueillie la nuit de la Saint-Jean
« Tandis qu’on sonne nonne
« En son soulier du pied senestre
« Et sans faute il l’aimera
« Moult merveilleusement

Et Pline l’Ancien
Explique l’emploi des noix
Lors des mariages
Par leur double enveloppe :
Fruit bien gardé
Symbole de la noce sacrée

Taché de brou de noix
Saoul de vin de noix
On doute si son ombre
Est toxique ou pas

D’après les savants,
Les racines des noyers diffusent
Dans le sol une substance
La juglone qui ralentit la croissance
Des autres plantes et parfois les tue
Ainsi la terre est souvent nue
Sous le noyer

Ce qui me trouble aussi
C’est qu’à une lettre près
Dans sa coque, le cerneau
Ressemble beaucoup à un cerveau

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