Le masque de lierre

Pourquoi arracher le lierre ?
Liane du nord, hedera helix
Liane ligneuse
Vêture du bonhomme hiver
Linceul des vieilles demeures
Couronne de bacchante
Ceinture de fée nue

Il faut bien qu’il cache un secret
Et j’ai dû croiser un jour
Sans me souvenir où
Un masque de feuilles vernissées
Où deux yeux étincelaient

En vérité, il rafraîchit la façade le jour
Et conserve la chaleur la nuit

Il ne nuit guère aux arbres
Sauf s’il atteint leur cime
Son temps diffère du leur
En automne ses fleurs
Sont précieuses pour les abeilles
Ses fruits en hiver
Pour les oiseaux

Derrière chez moi, l’épais buisson de lierre
Abrite une colonie de moineaux
Qui y gîte et y mange
Mal élevée, bruyante et gaie
S’égaillant volontiers de concert

À supposer que l’écran de lierre
Dissimule une divinité forestière
Si on l’arrache, évidemment
Le dieu n’est plus là
Car il en va ainsi
Du dieu et du sacré
Qui veut le dévoiler l’abolit

Lierre vient de l’iere
Double obscur mais sempervirent
De la vigne

Froideur et obscurité du lierre
Mais aussi ivresse
Il est associé à Dionysos
Dont il ornait le thyrse hier
Qu’il protégea des foudres de Zeus

Dionysos paraît aimable
Puisqu’il dispense l’ivresse
Mais il est double
Également démembreur d’humains
Mangeur de chairs crues
Comme les bacchantes
Ivres de lierre

De même qu’est double le lierre
Ses feuilles d’ombre stériles
Diffèrent de ses feuilles éclairées
Et fécondes

Ceux qu’effraient cette cuisine de sorcière
Préfèreront le considérer
(Il est toxique, le lierre)
Comme l’emblème amoureux de la fidélité
Il meurt où il s’attache
Il s’attache ou bien il meurt

C’est plus dans mon tempérament
Finalement
Que les orgies échevelées
Dans les bois

Ses étreintes, ses embrassements
Sont difficile à dénouer
Tandis que la couronne de lierre du poète
Sans cesse menace de tomber
De son crâne

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