La place du mort

Impasse des Lilas, rue du Pont, allée des Roses : blocs d’immeubles qui se ressemblent tous. Quand il ne s’occupe pas de l’entretien du jardin public, à côté de la bibliothèque municipale, il reste dans son studio du premier étage. Ou il regarde la télé, ou il la regarde, elle. Il en sait assez pour éteindre les lampes quand il l’observe. De sa fenêtre, il peut voir une partie de la cuisine salle à manger, avec la cheminée, et sa chambre quand les rideaux ne sont pas tirés. Elle habite dans le bloc d’en face, de l’autre côté de la rue. Elle est belle, bien sûr, elle a un visage d’ange d’église.

         Le matin, il se lève avant elle ; le soir, il attend son retour. Il la regarde jeter ses souliers à l’autre bout de la pièce et ôter son manteau. Il l’aime pour son visage, pour ses gestes, – et pour le reste. Une ou deux fois, elle a oublié de tirer les rideaux de sa chambre et il l’a vue… Il a cru qu’il allait mourir d’émotion et de confusion.

         Il l’aime tant qu’un jour il a attendu qu’elle rentre, juste en face de chez elle, pour le lui dire. Elle a jeté un coup d’œil de son côté puis elle a accéléré le pas en voyant son visage un peu tordu et elle lui a claqué la porte au nez au moment où il disait : « Excusez-moi, je… »

         Il manque trop de confiance pour lui écrire ; il y aurait sûrement beaucoup de fautes et même des tournures incorrectes. Hélas !

         Il ne fallait pas qu’il dise si souvent « hélas », ses collègues du service des espaces verts de la ville l’appelaient « hélas », parce qu’il répétait tout le temps « hélas ». C’était sans doute un héritage de ses années d’école, durant lesquelles les instituteurs lui rendaient ses copies en prononçant ce mot.

              Bref, il n’y avait pas de quoi se réjouir. Il l’aimait sans pouvoir rien faire. Le travail était fatiguant et salissant et puis en hiver le froid le racornissait. Il se sentait alors rétrécir de partout. C’était une belle fille, sûr, – de beaux cheveux châtain. D’ailleurs elle avait un copain, un homme d’allure banale qui garait sa voiture blanche devant l’immeuble quand il venait lui rendre visite. Alors ils tiraient les rideaux.
         Mais quoi d’autre ? Le soir c’était le grand silence, l’épuisement dans sa tête ; il fallait les voix et les images de la télévision pour peupler ce vide douloureux.

         Sa vie devait changer. Il prenait des cours de conduite dans une auto-école et passait son permis fréquemment. Cela lui coûtait cher, presque une moitié de son salaire. Un jour, il a fini par maîtriser suffisamment ses craintes et ses tremblements nerveux et il a obtenu le fabuleux papier rose. Avec les quelques économies qui lui restaient, il a acheté une voiture antédiluvienne, une Mercedes superbe et énorme. Quand il s’est assis au volant, la moitié inférieure du monde a disparu, dissimulée par la calandre ; on avait l’impression de conduire un bateau. Ce triomphe lui a donné un grand sentiment de puissance. Déjà ses collègues des espaces verts lui montraient davantage de respect quand il garait l’engin sur le parking de la mairie.

         Il avait un grand projet, il voulait aller en voiture à Saint-Malo, la ville île, la ville des corsaires où avaient vécu ses parents dans le temps, avec la mer tout autour, le port, les cris des oiseaux et les rues pavées, les grands voiliers ; le bout du monde devant les flots. Mais il ne voulait pas y aller seul, il voulait y aller avec elle. Il l’a expliqué à Jérôme, celui de ses collègues avec lequel il s’entendait le moins mal, sans lui préciser qu’il n’avait jamais parlé à cette fille. La Mercedes attendait le grand jour au bord du trottoir ; il l’avait un peu cabossée, en manœuvrant maladroitement pour sortir d’un stationnement, mais elle avait bonne allure.

         Il fallait de la patience.

         Quand elle sortirait un soir et que la rue serait vide…

         Il aurait un couteau – juste pour lui faire peur si elle refusait – pas pour lui faire mal.

         En attendant, il regarde la ligne de son cou, son visage de trois-quarts. C’est la douceur qui fait mourir.

         Il sursaute et il boude quand la voiture blanche arrive et se gare dans la rue. Alors il renonce à dîner, il n’a même pas envie de regarder la télévision.

         Comment s’en faire aimer ? Ce serait difficile après avoir commencé par lui faire peur. Il faudrait lui parler, lui dire tous les mots d’amour qu’il récitait sans bruit devant sa fenêtre dans la nuit noire.

         Un autre soir, elle a allumé un feu dans la cheminée. Cela faisait longtemps qu’elle ne l’avait pas fait, plus d’un mois. Elle était dans un fauteuil près du feu. Il voyait ses bras et ses épaules. C’était beau comme un bébé animal, ce qu’il préfère après elle, les bébés animaux. Il en a des photos dans sa propre chambre, chiots, chatons et poussins.

         Tout comme eux, rond, doux et délié, et sûrement plein de qualités magiques. Il doit suffire de toucher cette épaule pour être délivré des tremblements, des crampes et des idées de cendre.

         Il faudrait aussi quelque chose pour lui attacher les mains, pour qu’elle ne puisse pas faire de bêtise, au tout début, quand elle aurait encore peur, pendant qu’il conduirait vers Saint-Malo, droit dans l’hiver.

         Et peut-être une radio pour la musique, le trajet serait plus gai. L’hiver la nuit tombe plus vite, au point qu’on doit balayer les allées du jardin dans le noir.

         Une corde avec un nœud tout fait, il n’y aurait qu’à tirer pour que ça se serre.

         Elle s’est endormie devant le feu ; une de ses mains pend, ouverte comme une fleur, une fleur de chair tiède ; sa tête est penchée sur son épaule. Elle dort dans ses propres rêves et il lui tient compagnie. Il veille sur elle. Il la regarde au point d’être victime de petites hallucinations. Il croit la voir respirer, alors que normalement c’est trop loin pour que cela soit possible. Elle dort, elle reste là immobile et c’est bien. Souvent elle bouge tout le temps dans la maison et il ne peut pas la regarder tranquillement.

         Il a tout préparé; la corde sur laquelle il a fait un nœud coulant vient rejoindre le couteau dans le tiroir du petit meuble de l’entrée. Il a installé un autoradio dans la voiture, le plein est fait, le niveau d’huile vérifié. On lui a dit qu’il fallait être prudent avec les vieilles voitures. Il a acheté une carte qui est rangée dans la boîte à gants. Il a fait sa valise et à l’intérieur du couvercle, il a collé une étiquette sur laquelle figure l’inventaire du contenu de la valise, trois caleçons, trois maillots de corps. Il a mis la valise dans le coffre.

         Il a pris quinze jours de congé. Il attend le moment propice, il rêvasse : les infirmités de son pauvre visage ne se verraient pas beaucoup dans la nuit. Elle aurait peur, puis elle se rassurerait et elle l’aiderait avec l’itinéraire sur la route, dans l’hiver, vers la mer. Elle lirait les cartes, il avait du mal à le faire. L’aube se lèverait sur Saint-Malo.

         Il a tant attendu pour se décider que le temps qu’il pourrait passer avec elle ne cessait de rétrécir. Il devenait urgent de faire quelque chose. Enfin le soir est venu, le soir qui convenait, le soir de son plus grand courage. Quand il a vu qu’elle se préparait à sortir, il a fait un double nœud à ses lacets pour ne pas qu’ils se défassent. Il a pris le couteau et la corde, sans oublier les clés de la voiture. Il a glissé dans sa poche une carte postale sur laquelle figurait un chaton et qu’il aimait particulièrement. Il l’a rattrapée sur le trottoir. Elle a crié quand il l’a attrapée par l’épaule et plus encore quand elle a vu le couteau. Elle l’a frappé au visage, pas très fort. Il a eu peur mais il a fait bien attention à ne pas la blesser. Une porte s’est ouverte non loin d’eux, quelqu’un est sorti, elle a voulu crier encore mais elle s’est tu quand la lame s’est rapprochée de son visage, livide et tendu. Il l’a poussée dans la voiture par la portière de droite, un peu fort quand même car quelqu’un arrivait.

         Il a glissé le nœud coulant autour de ses mains et l’a resserré puis il a démarré, en regardant l’homme qui hésitait sur le trottoir. Elle répétait, sans prendre le temps de respirer, « Qu’est-ce que vous voulez ? Vous ne pouvez pas faire ça. »
À la sortie de la ville, alors qu’il s’arrêtait au feu, il s’est penché vers elle pour attacher sa ceinture de sécurité. Il faisait toujours attention aux ceintures et il ne voulait pas qu’il lui arrive du mal. Elle a mal interprété son geste, elle s’est débattue avec violence et il a reçu un méchant coup de genou, mais il n’a même pas gémi. Il a simplement dit : « Je veux juste vous mettre votre ceinture, mademoiselle. »
Le feu est passé au vert. Il est reparti, ivre de l’avoir effleurée, même sans le vouloir, même juste un peu. Il ne peut s’empêcher de sourire bien qu’il sache ce que son sourire peut avoir d’inquiétant. Le visage de la jeune femme, lui, est pâle et fermé. Ses mâchoires sont serrées. Il faudrait qu’il parle ou qu’il mette de la musique. Ce serait peut-être plus gentil de parler d’abord. Elle doit croire qu’il veut… Qu’il a l’intention de la forcer. Or ce n’est pas ça du tout. Il faut qu’il le lui dise.
Maladroitement, il lui met devant le visage la photo du mignon petit chaton et il la regarde par à coups furtifs, car il a soin de ne pas perdre la route de vue. Elle fixe l’image avec des yeux effrayés. Il faut lui expliquer : « C’est un petit chat, il est mignon. »

Puis : « Écoutez, je ne veux pas vous faire du mal. Au… Si je vous ai enlevée… C’est que je vous aime. Vous ne me reconnaissez sûrement pas, mais j’habite en face de chez vous. Vous savez, un soir j’ai essayé de vous parler. Je n’ai pas réussi. Et ce n’est pas d’hier que je vous aime. J’ai attendu longtemps et ça a poussé des racines profond, profond dans mon cœur. J’étais malheureux, ça oui ! Tellement malheureux que mes collègues de l’entretien des espaces verts m’ont nommé « Hélas ». Je vous ai vue, je vous ai aimée petit à petit et, maintenant, c’est profond.»

« Je vous ai regardée un peu par la fenêtre. Je faisais ça sans méchanceté, je sais que ça ne se fait pas, mais je vous ai aimée et je n’ai plus pu m’en empêcher. Forcément, même, je regardais de plus en plus. Je veillais sur votre sommeil. Vous vous êtes endormie près du feu, si belle. C’était si émouvant que j’en étouffais. J’aime votre vie, vos gestes et vos cheveux, vos bras et vos épaules. Je… C’est émouvant comme un beau film. »

Elle ne répond rien. Elle regarde devant elle la route toute droite. Il reprend : « Tenez, j’ai acheté un autoradio pour mettre de la musique. Vous voulez de la musique ? »

Elle ne dit toujours rien. Il continue, désespérément : « Bien sûr, j’ai vu que vous aviez quelqu’un ; j’ai deviné ce que vous faisiez ensemble. Mais peut-être qu’il ne sera pas trop fâché, si vous passez trois jours à Saint-Malo avec moi. Il me reste trois jours de congé. Peut-être que vous m’aimerez et que ça n’aura pas d’importance. Je sais que mon visage est un peu défait ; je suis né comme ça, mais je vous aime comme un autre ne peut pas. Dans vos mouvements, dans vos petits sourires, dans votre manière de dormir. Sans vous, ma vie est rance. Je ne veux pas vous faire de mal. J’ai du respect et de la tendresse pour vous… »

Elle a remué dans son siège. Est-ce qu’elle se détendait un peu ?

« D’ailleurs je ne veux plus que vous soyez attachée, c’était pour… Tenez, je vais vous détacher, si vous me dites que vous ne ferez pas de bêtise dans la voiture. On ne veut pas avoir un accident. Je vous détache ; mais soyez sincère. Moi je suis sincère.

Elle répond : « Oui » dans un souffle. Cette voix encore un peu étouffée a une douceur qui lui transperce le cœur. Il pense qu’il respire le même air qu’elle. Il a mis son clignotant et il s’est rangé sur le bas côté. Il l’a aidée à défaire la corde. Elle s’est légèrement tournée de côté, pour qu’il puisse atteindre ses mains, ses cheveux ont bougé et ils ont glissé dans son cou. Il a fait bien attention à ne pas la toucher, pour ne pas lui faire peur. Elle a frotté ses poignets. Il a redémarré, il a regardé dans le rétroviseur si la voie était libre et il a repris la route. Il voyait du coin de l’œil qu’elle le regardait par moment, avec un visage assez étrange et tout à fait fascinant.

« Voulez-vous que je mette la radio ? Ça peut attendre encore un peu, non? Vous croyez que vous pourrez m’aimer? Non, je demande trop vite. Si vous pouviez m’aider avec la carte, car après Alençon je ne sais plus où il faut aller. Il y en a dans la boîte. »

Le ciel est train de s’obscurcir, la nuit tombe. Elle fouille maladroitement et trouve la carte. Elle la regarde, elle a dû mal à trouver où ils sont et à remettre les plis en place. Il sourit, lui aussi ça lui est arrivé. Il continue en direction d’Alençon. Après, il faudra sûrement prendre une autoroute. La ville se rapproche, la Mercedes file entre deux rangées de supermarchés. À la traversée d’un grand carrefour, il y a des feux qui passent au rouge. Il rétrograde sans s’emmêler dans les vitesses. Il s’arrête. Elle soupire fort. Elle a détaché sa ceinture, elle ouvre la portière à la volée et se lance dehors. Elle tombe et se relève. Elle court encore plus vite et fonce sur le carrefour. Une voiture arrive. Il voit les feux, il entend les freins grincer, les pneus crisser. Le choc est presque silencieux. Elle est sur le sol et la voiture ne s’arrête pas mais accélère. Il se précipite dehors pour l’aider. Elle ne bouge plus. D’autres automobilistes s’avancent vers eux. Il leur fait des signes vagues de la main, la soulève et la porte dans la voiture. Le feu est passé au vert et derrière lui on klaxonne. Il redémarre. Des gens lui font des signes, il les ignore et s’enfonce dans la nuit. Il la regarde à la lueur des phares. Elle a du sang sur le côté de la tête. Il faudra enlever ça. Un médecin? On risquerait de la lui prendre. Il repart, décidé à s’arrêter à la première station service qu’il trouvera.

À une autre sortie de la ville, il en trouve une. Il se gare sur un parking obscur et va jusque sous les néons. Il achète, en clignant des yeux, des lingettes rafraîchissantes et une bouteille d’eau minérale. Il revient dans la voiture. À la lueur du plafonnier, il lui nettoie le front et le côté de la tête. Il a un peu de mal avec les cheveux poissés par le sang. Elle ne bouge toujours pas. Il faut repartir, pourtant.

Il a roulé dans la nuit, il clignait des yeux quand des phares en face l’éblouissaient, se concentrant sur la manœuvre du petit levier codes – pleins feux. De temps en temps il lui parlait, il disait : « Ça va aller. Ça va s’arranger. Tu vas voir. »
Il y avait des ronds-points partout et des indications de direction qui ne l’aidaient pas : Le Mans ou Caen? Caen sans doute. Il verrait bien. Des gens le dépassaient à toute allure, murés dans leur bolide d’acier, lui roulait plus doucement.

Elle n’avait pas l’air d’aller bien, elle s’affaissait de plus en plus malgré la ceinture de sécurité et sa tête pendait sur sa poitrine. Alors il s’est arrêté à nouveau, sur le bord de la route, dans une aire aménagée, entre une poubelle, un banc et un arbre. Il a arrêté le moteur. Il l’a prise doucement dans ses bras, il a essayé de la réveiller. Il a déposé un baiser sur ses yeux. Elle était livide à la lueur des feux des voitures qui passaient très vite.

Malgré ses efforts, elle ne s’est pas réveillée. Il s’est énervé de son impuissance. Il a donné un coup de poing dans le tableau de bord et s’est fait mal aux phalanges. Il a posé son front sur le volant avec une drôle d’envie de pleurer.

Il a fallu repartir. Il n’y avait pas d’autre solution. Il a roulé le reste de la nuit, de plus en plus lentement. Par moments, quand il approchait d’une agglomération, de hauts réverbères tout maigres éclairaient l’intérieur de la voiture d’éclats successifs de lueur orangée ; les alternances de lumière et d’ombre avaient un rythme hypnotique et inquiétant et leur clignotement animait étrangement le visage inerte de sa passagère. Après Caen, il s’est perdu, il était épuisé. Il s’est arrêté sur un parking vide et obscur. Il a verrouillé les portes de la voiture. Il l’a prise dans ses bras, a mis sur eux son manteau et il a dormi quelques heures dans le froid.

Il s’est réveillé frissonnant et glacé, abattu. Il avait faim. Une aube blafarde se levait sur le parking désert. Il a regardé un buisson dans lequel s’était accroché un sac en plastique blanc qui bougeait dans le vent. Des automobiles passaient à toute allure sur la route. Elle n’allait pas bien. Il l’a redressée, l’a assise à côté de lui. Sa tête ballait. Il lui a mis la ceinture de sécurité et il est reparti.

Il croisait davantage de voitures, sans doute des gens qui allaient travailler.
Il roulait, il roulait vers Rennes, en espérant croiser une pancarte qui lui indiquerait la route de Saint-Malo. Il conduisait soigneusement, il s’appliquait à ne pas s’emmêler dans les vitesses, à respecter les diverses limitations 50, 70, 90. Il a mis la radio puis l’a éteinte au bout de quelques kilomètres, irrité par son babillage creux et enjoué. Il est resté longtemps derrière un tracteur qu’il ne parvenait pas à dépasser. Là, il roulait si lentement qu’il avait le temps de voir tous les détails du paysage, les déchetteries, les stations d’épuration, les concessionnaires automobiles, les zones industrielles, les ronds-points, les parkings… Il s’est arrêté pour reprendre de l’essence. Personne n’a rien dit de la jolie femme qui dormait à côté de lui.
Le visage de sa passagère était de plus en plus pâle et crispé. Et si elle était morte ? Quand on ne bouge plus pendant longtemps, c’est qu’on est mort. Ça l’a mis au bord des larmes. Il n’osait plus s’arrêter ; il n’osait plus la regarder. Il ravalait des sanglots. Il a continué mais il ne parvenait plus à savoir où il était. Sur un rond point il a fait plusieurs tours sans réussir à se décider.

Enfin, il a fallu qu’il s’arrête. Il est sorti pisser en reniflant à cause des larmes. Revenu dans la voiture, il a touché doucement son poignet, son cou. Là où il avait vu une petite veine battre. Rien. Même en appuyant fort. Il l’avait perdue. Elle était tuée, morte. Ôtée à son amour avant d’y avoir répondu. En plus c’était un peu de sa faute. Il a pleuré, assis à côté d’elle, en tenant sa main. Il l’a allongée sur la banquette à l’arrière. Elle n’avait plus besoin de ceinture de sécurité. Et il est reparti. Il voulait tout de même l’emmener jusqu’à Saint-Malo. En essuyant les larmes sur ses yeux, il a tenté de lire la carte. Il fallait aller vers l’Ouest. Où était l’Ouest ? Il est reparti, il a tourné en rond et a fini par trouver une route à deux voies pour Saint-Brieuc. Ça le rapprocherait. Il s’est arrêté dans l’après-midi, pour manger quelque chose, dans un restaurant au bord de la route. Rien n’avait de goût mais ça faisait presque une journée qu’il n’avait pas mangé. À la fin du repas, une fois nourri, il s’est remis à pleurer et il a dû sortir rapidement du restaurant. Il a redémarré, sans regarder sa passagère, et il a fait des efforts pour rouler plus vite, comme pour laisser le chagrin derrière lui. La route s’est déroulée devant lui ; il a atteint Saint-Brieuc et il est reparti, renvoyé par la ville comme une balle. Il a roulé vers la nuit qui assombrissait déjà une partie du ciel. Il aspirait à se trouver entouré par la nuit.

Plus tard, il a repris de l’essence, il a mâchonné un sandwich insipide et il est reparti. Il se sentait vide, creux, sans pensée, réduit à l’état d’enveloppe d’homme, sans plus rien dedans. Il est entré dans une petite ville semblable à toutes les autres villes, ceintes comme elles de boucles de contournement et de ronds-points, avec une église et une rue piétonne où tous les commerces étaient fermés, avec les mêmes arrêts de bus, les mêmes bancs et les mêmes panneaux d’informations municipales qu’ailleurs. Il a garé sa voiture et s’est dirigé vers le jardin public, le seul lieu où il se sentirait un peu à son aise, au milieu des feuilles mortes et des plantes ensommeillées par l’hiver. Il a vu dans une voiture en stationnement un couple qui s’embrassait et qui s’étreignait, puis il est entré dans le jardin.
Malgré le froid assez vif, un homme fumait une cigarette, seul sur un banc. Il s’est assis à côté de l’homme qui n’a rien dit. Il continuait à fumer gravement. Au bout d’un moment il s’est senti assez en confiance pour lui adresser la parole : « Comment vous appelez-vous ? »

L’homme a hésité, a regardé sa cigarette pour y lire une réponse et a répondu : « Jason.
– Vous allez peut-être pouvoir m’aider. J’ai besoin d’un conseil. J’ai un grave problème. Dans ma voiture, il y a la femme que j’aime. Elle est morte, je ne sais plus quoi faire. Ce n’est pas moi qui l’ai tuée… Une voiture dans la nuit… Un accident. Qu’est-ce que c’est votre métier ? Moi, je m’occupe de l’entretien des espaces verts.
– Je suis marin, répondit l’homme.
– J’aurais voulu au moins aller jusqu’à Saint-Malo. C’est là que je voulais aller avec elle et j’ai dû mal à trouver ma route. C’est difficile de conduire et de trouver le chemin en même temps.
– Ce n’est pas la porte à côté, Saint-Malo. Qu’est-ce que vous avez comme voiture.
– Une Mercedes.
– Je vais monter avec vous. Je vous emmènerai dans une baie que je connais non loin de Saint-Malo. Là, vous pourrez lui faire des funérailles dignes d’elle.
– Faire des quoi ?
– Ses funérailles, son enterrement quoi. »

         L’homme a écrasé sa cigarette et ils sont partis tous les deux. Arrivé à la voiture, il a jeté un coup d’œil à la passagère inerte et il a dit qu’il fallait la mettre dans le coffre.

         « Je n’en ai pas très envie. Ça me paraît pas respectueux.
– Nous n’avons malheureusement pas le choix. »

         Il l’a aidé à la porter puis à la mettre dans la malle. Puis il est monté et ils ont démarré en direction de la mer. L’homme, Jason, lui a raconté quelques-unes de ses navigations, le Bosphore, Constantinople, la mer d’Azov, le Danube. Il avait une voix agréable et il expliquait bien ces endroits incroyables. Il suivait aussi le trajet sur la carte et, entre deux histoires, il savait indiquer la route à prendre. À un moment, il a remarqué le couteau qui était resté là où il était tombé, par terre à côté du levier de vitesse. Il a demandé : « C’est avec ce couteau que…
– Oui… Heu, non. Je veux dire que je l’ai menacée avec ce couteau pour la faire entrer dans la voiture. J’avais peur qu’elle n’accepte pas. C’est tout. Je ne lui aurais pas fait de mal. Je l’aime, vous comprenez. Je veux dire que je l’aimais… Comment est-ce qu’il faut dire ? »

         Jason a paru y trouver matière à réflexion et il s’est tu. Enfin il s’est penché et a allumé la radio. Il a tourné un peu le bouton ; il a trouvé une station qui diffusait de la belle musique.
    
     La musique, il l’avait achetée pour elle. Il aurait aussi aimé lui acheter une robe, avec des boutons dans le dos et il l’aurait aidée à la fermer. Il a essuyé ses larmes d’un revers de manche.
   
      Le jour commençait à se lever ; le ciel allait être clair et l’aube était très lumineuse. Il allait aussi faire très froid. Son compagnon restait silencieux, il respectait son deuil. La musique et la route, dans un monde froid et vide… La mer se rapprochait sûrement et il la verrait sans elle.
    
     Mais il avait un ami, un ami qui l’aiderait dans ce moment difficile. Ça faisait longtemps qu’il n’en avait plus, depuis qu’il n’allait plus déjeuner au café avec ses collègues des espaces verts. Il avait trop souffert de leurs plaisanteries et même de leurs conversations. Il détestait en particulier leur manière de parler de l’amour et des femmes. Il appréciait en revanche le silence de celui-ci.
    
     Puis ils ont été en face de la mer, une grande lumière et un grand souffle. Ce coin de côte était désert. Ils l’ont portée dans les rochers et l’ont allongée sur une grande dalle de pierre, dans le soleil et dans le vent froid. Ils ont mis des galets dans ses poches. Il a demandé à Jason ce qu’il fallait faire.
    
     « Dire quelques mots vrais, a-t-il répondu. Dire adieu.
– Adieu donc la femme que j’aime. Je t’aimerai encore et je penserai à toi quand tu nageras dans les eaux de la mer, avec les poissons et les algues. Adieu. Je n’ai jamais regardé personne comme je t’ai regardée, et j’ai une grande douleur là. Hélas. »
   
      Jason a hoché la tête d’un air approbateur, puis il a fait signe et ils l’ont poussée dans l’eau et ses cheveux se sont mêlés au varech, puis elle s’est enfoncée dans la vague. Ils ont regardé le ciel et les alentours ; ils sont retournés à la voiture. Jason lui a demandé de le raccompagner chez lui.
        
Ils ont pris une nationale, croisé beaucoup de camions, attendu à des feux. Ils ont bu un verre dans un café à la mémoire de la morte puis ils sont repartis. Un peu plus tard ils ont mangé un sandwich. La nuit est tombée. Jason le guidait, finalement il lui a dit de s’arrêter devant un pavillon, dans une allée tranquille. La maison avait une véranda et était entourée d’un petit jardin bien soigné.
        
Jason a montré la maison et il a dit de sa voix tranquille : « Là, il y a une femme seule. À cette heure-ci, elle prend son bain. La porte est fermée à clé, mais j’ai la clé. »
        
Jason ramasse le couteau et le lui tend, il le prend de la main gauche, sans comprendre. Il ne bouge pas de son siège.
        
Jason précise : « Tuez-la. Je vous donnerai de l’argent. Dix mille francs. Et il montre une liasse de billets qu’il sort de son blouson. Là, il comprend.
        
Son poing, maladroitement asséné, rebondit sur la pommette de Jason. Jason l’a trahi, ne l’a pas cru, ne l’a pas compris. Il a pensé qu’il était un assassin. Il veut le frapper encore, mais voilà, Jason est plus fort que lui. Jason lui cogne la tête contre le pare-brise, le coince, lui arrache le couteau, lui fait mal au cou, lui tape sur la figure, alors il gémit.
       
  Jason lui serre le cou et dit en articulant soigneusement : « Je t’explique. Tu tues cette femme, comme l’autre ; tu l’emmènes avec toi ; tu disparais d’ici et je n’entends plus jamais parler de toi. Sinon, je vais te faire mal et puis après tu iras en prison.
         « Tue-la et reviens avec son corps. Je te donnerai de l’argent. Tu comprends, hein ! Tu comprends ? »
        
Jason a changé, il est devenu d’une brutalité et d’une méchanceté qui font peur. Il gémit encore, il fait oui de la tête. Jason le pousse dehors, lui jette le couteau et la clé. Il les ramasse. Jason lui sourit et lui dit : « Vas-y ! C’est ma femme. »
Il franchit la clôture et se dirige vers la porte. Il l’ouvre et entre grâce à la clé. À l’intérieur, c’est plein de maquettes de bateaux et de coffres de marins. Tout est bien rangé. Au mur, il y a des aquarelles qui représentent toutes la mer. Il ne sait pas du tout ce qu’il va faire. En tout cas, il n’a pas l’intention de la surprendre dans son bain. Il frissonne rien qu’à imaginer ses cris. Il s’assied sur le canapé, face à la télévision éteinte, et il attend. Enfin, elle entre dans la pièce, rhabillée, les cheveux encore mouillés. Elle sursaute mais elle n’a pas si peur que ça. C’est une petite femme brune assez volontaire.
« Qu’est-ce que vous faites là ? Comment êtes-vous entré ?
– C’est votre mari qui m’a donné la clé. »
         Elle a l’air étonné. Elle réfléchit.
         « Il attend dehors. Il m’a demandé de vous tuer. Il m’a promis de l’argent. Il m’a fait mal, aussi. Il a dit qu’il fallait que j’emporte votre corps, vous… Avec moi. »
        
Après un moment, d’une voix un peu blanche, dans laquelle l’effort qu’elle fait pour se maîtriser est presque palpable, elle a demandé : « Combien ? Combien il vous a promis ?
– Je n’ai pas fait très attention… Beaucoup plus que mille francs. »
        
Elle s’est levée et elle est allée jusqu’à une petite table. Elle en a sorti un petit livret jaune qu’elle a feuilleté, puis qu’elle a remis rageusement dans le tiroir.
         « Alors, vous allez me tuer ?
– Oh non, pas du tout. Pourquoi je ferais une chose pareille ? J’ai déjà assez de malheurs comme ça. »
        
Du coup, elle s’est assise, elle a pris sa tête entre ses mains, comme si les bonnes intentions de cet intrus compliquaient sa situation. Elle s’est relevée, elle s’est servi un verre d’alcool avec des gestes un peu tremblés. Elle a fait quelques pas à travers la pièce. Elle est allée s’habiller, elle est revenue. Puis au bout d’un moment, elle a dit : « Je sais. On va faire comme si vous m’aviez tué.Vous allez prendre l’argent et on va partir ensemble. Nous partagerons… Nous irons dans le Sud de la France… »
     
    C’est une excellente idée, il manque de mots pour exprimer son enthousiasme. Il va pouvoir la porter et aussi il se réjouit de tromper Jason.
       
  Il la soulève, la bloque sur son épaule. Elle laisse ses bras pendre, il fait quelques pas, elle joue son rôle de morte avec tellement d’application qu’il en conçoit un peu d’inquiétude. Il murmure : « Ça va ? »
  
       Elle ne répond rien. Il titube jusqu’à la porte, son fardeau sur l’épaule, l’ouvre à grand-peine d’une seule main et descend les quelques marches jusqu’à la rue. Jason qui est resté dans la pénombre de la voiture sort et lui ouvre la portière. Il pose la femme comme il peut sur la banquette arrière, ses gestes sont maladroits et il la cogne un peu. Ce qu’il peut deviner du visage de Jason l’effraie. Il a des yeux hallucinés ; il dit : « Maintenant va-t’en. Emporte-la loin.
– Et l’argent ? Je ne pars pas sans l’argent.
– C’est vrai. »
        
Et Jason lui tend la liasse, qu’il empoche. Puis il se penche pour regarder la femme immobile à l’intérieur. Il murmure : « Maintenant dépêche-toi. Disparais avant que je te tue. »
 
        Il est remonté dans la voiture, sans oser regarder derrière lui. Il est tellement content et tellement énervé à la fois qu’il cale à plusieurs reprises avant de réussir à lancer le moteur.
    
    Ensuite, il écrase l’accélérateur et s’éloigne. Il ne se sent vraiment soulagé qu’une fois qu’il ne voit plus le pavillon ni la silhouette sombre de Jason dans le rétroviseur. Il roule un moment. Personne ne les suit. Les rues sont désertes et froides. Ensuite il s’arrête. La femme de Jason se relève. Elle dit que la voiture a une drôle d’odeur et elle vient s’asseoir à côté de lui. Il lui explique qu’il veut bien l’emmener dans le Sud, même s’il ne lui reste plus qu’un jour de vacances, mais qu’il faut qu’elle s’occupe de l’itinéraire. Il n’a pas son permis de conduire depuis longtemps et il n’arrive pas bien à retrouver son chemin.
  
       Elle prend la carte, elle lui donne des indications précises. Il sourit ; il est heureux ; le cauchemar semble fini. Il veut lui parler de l’autre, de la morte, puis il se ravise. Elle pourrait mal comprendre, elle aussi.
 
        Ils ne parlent pas beaucoup, tous les deux. Ils ne sont même pas dits leurs noms, mais elle n’a pas peur de lui. Il règne un grand calme dans la voiture et la musique en sourdine de la radio souligne le silence.

         Ils prennent une autoroute qui descend vers le Sud. Ils s’arrêtent dans une station service pour faire le plein et pour manger quelque chose. Ils paient avec l’argent de Jason. Les lumières du restoroute sont blafardes et ils ont des mines affreuses. Ils boivent un peu de vin. Elle parle d’une amie d’enfance qu’elle a, à Nîmes, près des arènes. Elle sera surprise de la voir, mais elle l’accueillera comme si elles n’avaient jamais été séparées. C’est de l’amitié, de la vraie. Il écoute, il l’admire. Il dit qu’il n’a pas beaucoup d’amis.
   
      Au moment où ils vont remonter dans la voiture, elle lui propose de conduire, pour qu’il se repose un peu. Il hésite un instant, puis accepte. C’est vrai qu’il est fatigué.
   
      La voiture fonce dans la nuit, on devine au loin quelques petites lumières. Il éprouve une sensation de sécurité et de tranquillité telles qu’il n’en a pas ressenti depuis très longtemps. Il dit qu’il a l’impression d’être un enfant. Ça la fait rire, un peu et il finit par s’endormir. Est-ce que le hasard lui aurait accordé le bonheur ?
      
   Le matin est bien avancé quand il se réveille en frissonnant. La voiture est vide, garée sur le parking d’une petite gare. Il baille, s’étire, regarde autour de lui. Sur le siège du conducteur, il y a un papier plié. Il le prend ; à l’intérieur, il y a quelques billets de cent francs. Sur le papier, il y a un petit mot. Elle a pris l’argent et elle est partie. De son écriture bien dessinée, elle dit qu’il est gentil mais qu’il faut qu’elle aille de son côté. Elle ajoute : « Faites attention. Mon mari a sûrement donné le signalement de votre voiture à la police. Vous êtes sûrement recherché pour assassinat.
       
  Il regarde bêtement le petit mot qui n’est pas signé. Il s’était fait des idées.

         Il reste un long moment dans la voiture arrêtée, sans rien faire. Enfin il repart. Il roule au hasard. Il faudrait qu’il rentre chez lui, mais il n’en a pas envie. Au détour d’un virage, il se retrouve au bord de la mer. Ce n’est pas la même. Les vagues énormes et puissantes semblent venir de très loin, de rivages lointains.

         Il roule à nouveau à travers un pays vide et mort, il tourne aux ronds-points, traverse des centres commerciaux. Il a la tête vide. Petit à petit il accélère. Sur une longue ligne droite, il croise une voiture bleue de la gendarmerie. Ça lui rappelle les avertissements de la femme de Jason. C’est vrai qu’il a fait des choses interdites. Deux femmes ont disparu.
     
    Un peu plus tard, une voiture qu’il vient de croiser fait demi-tour brutalement et repart derrière lui. Il se dit qu’on le poursuit peut-être. Il accélère encore. Maintenant, il a peur, il sue, ses mains sont crispées sur le volant et il prend les virages avec difficulté. Le fait de rouler au-dessus de la vitesse autorisée l’angoisse. Ses yeux affolés vont de la route au rétroviseur ; il n’arrive plus à passer les vitesses. Le moteur vrombit de manière épouvantable.
  
       Le ciel s’est obscurci et il se met à pleuvoir. Les gouttes tambourinent sur le toit de métal. Les essuie-glaces ne fonctionnent pas très bien. Il traverse un bois, puis un autre. La voiture qui le suivait a disparu du rétroviseur. La pluie cesse, ce n’était qu’une averse passagère.
    
     Soudain, il y a un petit chat sur la route, en plein sur sa trajectoire, un chaton ! Un mignon bébé chat. Il écrase le frein, donne un coup de volant brutal. La voiture ne répond plus, les pédales, le volant sont comme déconnectés, morts. Le paysage défile de droite à gauche dans le pare-brise. Tout tourne et bascule. Puis un mur se précipite à sa rencontre, il explose et la voiture, sa belle voiture, se fracasse sur les briques qui volent.
      
   Plus tard, il sort de la voiture par la porte qui s’est ouverte toute seule. Il boitille vers l’endroit où il a vu le chat. Quelqu’un lui parle, quelqu’un lui crie quelque chose.
     
    Il répond : « Non, ça va. Je n’ai même pas mal. Le petit chat… »
    
     Il veut passer sa main sur son front, mais son bras n’obéit pas. Du sang lui coule dans les yeux. Il tombe.
       
  Après il est dans une voiture, assis à côté du chauffeur, qui le regarde de temps en temps d’un air anxieux. Au-dessus de lui filent des platanes et un ciel nuageux, cela forme comme une voûte mouvante, comme un long couloir.
        
Après, il est dans une petite pièce, avec une lampe très brillante au-dessus de lui, un véritable soleil artificiel. Un autre homme examine ses yeux. Il a l’air inquiet. Une infirmière en blouse blanche se penche vers lui. Elle lui demande si ça va. Il voudrait répondre à son sourire, un sourire vraiment doux. Tout le monde doit l’aimer ici. Ses lèvres et son sourire. Ses seins quand elle se penche. Puis des machines sonnent et sifflent et elle disparaît de son champ de vision.
         « C’est trop tard, dit une voix. »

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