La métaphysique du mot entrevue par un idiot

Un jour le mot a échappé à la voix
Un jour le mot s’est coupé de la voix
S’est tu
Couché sur une feuille d’écorce
Couché sur une tablette d’argile
Imprimé
A dit mot sans que personne ne parle
Un jour le mot s’est séparé de la présence
Le mot a déserté le théâtre de la parole et du corps
S’est extrait du rythme et du chant
Soudain le mot
Message d’un absent à un absent
Signe d’absence
Impression de son
Voix fantôme
Voix sans chair
Définitif, permanent, le mot
Griffé dans le papier
Incisé dans la pierre
Tracé effrayant, rune menaçante
Sur la borne, sur l’arbre, à la frontière
Un jour le mot a volé comme une flèche
A navigué, autres temps autres lieux
Un jour le mot s’est coupé de la voix et du souffle
S’est coupé de la vérité du corps
S’est désincarné
Bandelettes et momies
A ouvert des abîmes d’absence
A murmuré des mensonges
Un jour le mot a mué, est devenu étranger à son ancien corps
L’a quitté comme on quitte une chrysalide
Un jour le mot est devenu écriture
Un jour le mot est devenu bibliothèque
Un jour le mot est devenu le parler des morts
Plus encore que celui des vivants

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