Golem de lettres

Je voulais écrire qu’un roman est un golem de lettres.
On ajoute un mot sur le front et, une fois le titre inscrit, le texte s’anime d’une vie propre et ne nous obéit plus.
Comme la confection du golem, l’écriture tient du modelage, elle travaille l’épaisseur de la langue, sculpte la phrase, modèle le récit, laisse de la matière sur les doigts, tandis qu’ils y laissent parfois leur empreinte.
Pétrir le relief paradoxal du texte, par pression, par incision, par suppression, impression me paraît être une clé du secret.
Mais aussitôt d’autres figures s’invitent dans ma réflexion naissante, la prolongent, la déforment, l’étirent, la fragilisent.
Que je le veuille ou non, voici le baron Frankenstein de Mary Shelley, peut-être héritier de la légende du golem. Victor rêve et fabrique une créature aussi parfaite que possible, mais quand elle s’anime, c’est une horreur incomplète qu’il faudra poursuivre jusqu’aux solitudes glacées du pôle et annihiler.
Et encore Pygmalion de Paphos, dans Ovide, amoureux de sa statue, comme un écrivain qui ne peut se séparer du texte en cours, qui ne peut l’achever, car cela signifierait mettre un terme au face à face, à l’idylle.
Et cette réflexion qui aurait pu être clairement architecturée se gonfle d’excroissances disgracieuses, d’assemblages approximatifs, avant de s’échapper, monstrueuse caricature du désir de beauté qui l’a fait naître.

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