Face au texte : Explosion dans le langage II

Les échecs s’accumulent, Annibal Mousseron n’a réussi ni à extraire du verbe une essence non verbale, ni à tracer des lignes d’écriture aussi affûtées que celles d’une gravure de Dürer, ni à trouver l’équivalent en prose de l’abstraction radicale du Carré blanc sur fond blanc, pas plus qu’à distiller les phonèmes et produire un condensé d’ombre et de silence.
Rassemble alors un tribunal de mots pour se juger et se condamner lui-même.
Réquisitoire : pourquoi se mêle-t-il, comme jadis un protonotaire de la couronne, de trier les mots en fonction de leurs lettres de noblesse, de laisser les uns passer et les autres pas ?
L’érudition même contribue à sa paralysie, point de suspension, pas de suspension de peine, pas de sursis. Est-ce que sa révérence pour la littérature étouffe ses élans, lui coupe le souffle ?
Veut plaider, reste empêché par sa propre médiocrité, même le dictionnaire est plus éloquent et plus articulé que lui.
Condamné, s’élance en battant des bras dans l’espoir de s’échapper, de s’envoler enfin, et se cogne la tête au mur de sa syntaxe, à la règle, à la norme, coincé par l’étroitesse du cachot qu’il s’est lui-même construit.

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