Et j’ai vu la poésie en rêve :

Dans un cadre rectangulaire presque entièrement vide, qui ressemblait à quelque chose de moins clos et de plus vivant qu’un rectangle, peut-être un cartouche comme dans les inscriptions sacrées de l’Égypte antique, dont la bordure était d’une couleur entre le brun et l’orange, un aphorisme d’une ou deux phrases se déployait autour d’un signe, en formant un angle sans violence, ainsi qu’une composition typographique constructiviste, par exemple, une mise en page d’El Lissitsky pour Maïakovski . 

Ce signe  que je ne parviens pas à décrire, pas plus que le cadre qui l’entourait, n’était pas sans ressemblance avec la monade hiéroglyphique de John Dee, l’arrobase ou l’espérluette, quelque symbole, idéogramme ou lettre inconnue, suscitant l’idée de lien, ou peut-être de repli ou de boucle, ou alors d’un ancrage, puisque, et c’est là l’essentiel après ce long préambule, ces phrases entrevues établissaient des fondations fermes et irréfutables pour la poésie.

Je crus comprendre que ce court texte indiquait la manière d’ancrer la poésie en elle-même, en une sorte de nœud ou de spirale d’absolu mallarméen, qui l’aurait rendue inévitable et indestructible.

Bien sûr, je n’aperçus cette combinaison à la fois graphique et textuelle qu’un bref instant, trop court pour la lire et la mémoriser, et elle ne me laissa qu’un souvenir confus, ainsi qu’un mirage, et uniquement la nostalgie d’une intuition et d’un bonheur trop fugitifs.

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