Deux pages d’un journal de 2005, temporairement

mercredi 2 novembre 2005
La potion que je sers est-elle trop amère ? Trop salée ? La date limite de consommation est-elle passée ?
Le fou d’écriture, le danseur de corde, l’avaleur de sabres, le cracheur de feu, il faut qu’il soit un cirque à lui tout seul… Il faut que l’écriture s’affranchisse et que la ponctuation erronée et faiblarde devienne le rythme véritable d’une nouvelle voix.
Mégalomanie mon amie… Où est passé le fou d’écriture ? On rapporte qu’il aurait existé… Qu’il serait passé par là… Le moine Citrouille amère s’est perdu sur les flancs du mont Fuji.
Quelqu’un a cru que cette grotte y menait.
Des gammes sans exigences et sans but, pur essai de virtuosité ?
Feuilles d’automne lissées au fer à repasser.
Quelque chose de brut, quelque chose de vrai ?
Suivez-moi de l’autre côté du miroir disait l’autre… N’oubliez pas d’éteindre la lumière quand vous serez sortis, quand la musique sera finie.

jeudi 3 novembre 2005
Où a couru le fou d’écriture ? Où est-il allé danser ?
On dit qu’un ascète ivre, à moitié nu, hante les pentes de la colline.
Je ne sais pas pourquoi je ne parviens pas à retenir le nom de l’auteur du Samaritain, Richard Price. J’ai fait une enquête, il y a un Richard Price, mathématicien anglais du 17e et également un acteur américain . Ce n’est pas une question d’homonymie. Alors ? Une antipathie pour le talent ? Je lirai Ville noire ville blanche.
Il faut que je courre… Plus de temps à perdre… Il faut que je gravisse ma montagne. Je commence dès demain, dès demain… Japrisot écrivait Au loin sonnaient les tambours, écrirai-je de même, alors qu’il est mort sans pouvoir le finir ?

Ai-je même le temps de me livrer à ce genre d’exercice ?

Ce soir Tomas Tranströmer. Baltiques, un volume, œuvres complètes 1954-2004, Prison ou Fängelse.

Que je marche sur les mains, que je vole, que je creuse ma tombe avec mes dents. Que des miracles me soulèvent, me dynamitent, m’allègent, m’évident, me rendent lucide, m’appauvrissent.

C’est contre moi qu’il faut que je me batte, contre moi et contre le temps.

Pourquoi est-ce que la musique minimale me plaît ?

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