Colosse effacé le cormier le sorbier

Bel arbre, sans mentir
Feuillage composé, ajouré
Lent à pousser
Volontiers géant
Pourvu qu’on lui laisse le temps
Borne des campagnes de jadis

À la croisée des chemins
Ou en limite de parcelle
Écorce de chêne
Rameau comparable à celui du frêne
Et à l’automne, saison des brumes
Petits fruits
En forme de poire

Bois rouge
D’une telle dureté
Qu’on hésitait à le travailler
Sauf pour les manches d’outil
Les rouages du moulin
La vis du pressoir
Ou de la presse
Gravure sur bois
Poinçons de typographe

Cormier ou Sorbier domestique
Sorbier dans le midi
Cormier au nord, à l’ouest

Vous dites sorbier
Je dis cormier
Ou l’inverse
N’allons pas nous disputer
Pourvu qu’on ait l’ivresse

Puisque fermentée
La corme donne une boisson
La sorbe donne si vous voulez
Un élixir proche du poiré
Mais plus enivrant
Le cormé

Si j’en crois Larousse
Il aurait été la boisson ordinaire
Des journaliers, des domestiques
Dans les campagnes

On l’ajoutait aussi au cidre
Pour en relever la saveur
Et le degré d’alcool

Fruit âpre et astringent
Que l’on ne mange que blet
Ou séché

Les graines qu’il contient
Germent difficilement
Après avoir fermenté
Il leur faut un hiver prolongé

Si bien que le cormier
Si bien que le sorbier
Se raréfie
On perd mémoire de ses usages
Sa silhouette s’efface du pays

Semer des mots
Greffer des noms
Drageonner des vers
Risque de ne pas suffire

Alors que, les racines
De cet arbre
De nos origines
Paysannes
Se bouturent bien
Paraît-il

Cormier de Marmoutier, photo Georges Feterman-Les arbres remarquables

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