Au merisier, salut

Une prochaine fois on rimera
Prunus cerasus, le griottier
Ou cerisier aigre
L’arbrisseau drageonnant

Aujourd’hui, au merisier, salut
Prunus avium
Sauvage de haut fût
Cerisier des oiseaux
Fruits ailés
Écorce de papier
Qui se déroule et qui frise

Au printemps neigent dans le sentier
Les pétales blancs et délicats
Soufflés par la brise

Pour fruit, une idylle étymologique
Apprivoisée, savoureuse, la cerise
Sauvage, amère, la merise
Il n’y a pas loin d’amer à aimer

La merise, jadis amerise
Perdit à l’initiale son « A »
Comme « l’amie »
A donné « la mie »

Du « A » le ravissement, l’enlèvement
Aphérèse, exactement
D’un arbre ne fait pas une herbe
Ô merise

Rouge ou noire
Une friandise
Volée aux oiseaux
Surgit dans la forêt par surprise
En forme de cœur
De bouche, de baiser
Selon Jean-Jacques Rousseau
Folâtrant au verger

Quelle inclination, oh misère
Me porte à préférer
L’ancêtre sauvage
À la version domestiquée
L’aubépine à la rose
Moi qui suis si rangé
Si peu barbare ?

Le merisier
« Veiné, sonore, de longue durée »
Dit joliment de Diderot et d’Alembert
L’Encyclopédie
« prend bien le poli
Et est facile à travailler
En sorte qu’il est recherché
Par les ébénistes, les menuisiers
Et de plus par les luthiers »

Est-ce à la perspective
D’être abattu ?
Sans longue analyse
Le merisier verse une larme
Comme moi par crise
À la gomme, au pli de l’écorce

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