En forêt, au début du printemps, flotte juste au-dessus du sol ou du talus l’hallucination d’un brouillard bleu surnaturel, tirant sur le violet, d’une beauté stupéfiante. De plus près, un semis de clochettes cannelées et bouclées, accrochées à des tiges grêles d’un vert vif, émerge d’un bouquet désordonné de feuilles allongées. Comme l’anémone qui apparaît à la même époque, la jacinthe des bois est liée à la mort d’un beau jeune homme, Hyacinthe, transformé en fleur par Apollon qui l’a tué par accident. Miraculeuses, les jacinthes du camp gaulois de Bierre, des pentes de Souvigné, ou près de chez vous éclosent avec les chants de la linotte mélodieuse, la grive musicienne et autres pinsons.
Très bizarrement, la nomenclature savante appelle cette amie de l’ombre Hyacinthoides non-scripta, «non écrite», alors qu’on sait bien depuis Ovide qu’elle porte sur sa fleur les mots Aï aï, «hélas » en grec ancien, inscrits par Phébus Apollon lui-même. Que mes gribouillis rappellent le deuil d’Hyacinthe et la beauté fugitive de sa fleur.
