L’espace sépare. L’espace sépare, n’est-ce pas. Mais sans espace, n’est-ce pas, nous ne nous rencontrerions pas… Nous serions les mêmes ou pas ? Ou alors pour toujours hors d’atteinte l’un de l’autre ?
(L’espace, le vrai, le vaste, est au singulier ; au pluriel, il rétrécit. De même, la prairie. Dans la prairie on galope, on se fait adopter par des Pawnees ou par des Crees. Tornades et incendies nettoient régulièrement l’étendue. Mais dans les prairies, on broute de l’herbe.) Papa, l’espace sépare ou pas ? Papa, à l’aide ! L’espace, je m’éparpille dans l’espace. Je m’éparpille, je me sépare de moi-même dans l’espace, ou pas ? C’est le diable qui sépare n’est-ce pas ?
Paul Lepic, « apologues au galop » dans Œuvres inconnues et inédites.
Un inconnu en mars
FIGMENTS
Un figment, en supposant que le mot puisse exister en français, ce serait, un bref récit poétique, ou un poème narratif de petite étendue. Tout en ressemblant au fragment, le figment serait plus nettement inventé et plus souvent complet. À la figue, bien sûr, il voudrait emprunter, la forme close et parfaite, le goût et la chaleur, la capacité à sécher et à se conserver. Cependant, il se garderait du sucre ; pour être concis, il vaut mieux être salé.
Père
Un jour, le père c’est une statue comme celle du commandeur, mais on le gifle à s’en meurtrir la main et il ne remue pas, il ne parle pas, il ne parle plus.
Un autre jour, le père, on mène une enquête et on s’aperçoit qu’il n’existe pas. Personne ne le connaît ; ses collègues ne se souviennent plus de lui. Ses traces se sont effacées, au point qu’on risque presque de disparaître soi-même.
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Répons, en lisant Max Jacob
Je me déclare détruit, déserté… Je noie les mots nés en surplus ; je les mets dans un sac avec une grosse pierre et je les jette au lac.
J’ai besoin, toujours, d’apprendre la liberté, la légèreté ; il me faudrait une science de l’affranchissement.
Plusieurs fois j’ai pensé, plusieurs fois j’ai dit que j’écrivais comme d’autres bâtissent des cathédrales en allumettes. Obstiné, minutieux, isolé… Aujourd’hui, forcément, je me pose la question du feu (une épreuve de plus).
Vladimir Plomb (inédit)
