Les noces d’Orient et d’Occident : platane

Platane de l’Aigle, photo Office du tourisme de l’Aigle, Emmanuel Boitier

Quoique Francis Ponge
et Paul Valéry lui
aient consacré
chacun un poème
devant le platane commun
j’ai hésité
tant il me paraissait banal
arbre d’alignement en somme
poussiéreux et sec

Écorce mouchetée
renouvelée par écailles
feuille coriace dessinée
comme celle de l’érable
hauteur majestueuse
Résistant à la mutilation
il survit même en moignon
et défie les polluants

Et puis comme toujours en cherchant
en feuilletant
ce qu’offrait à aimer
cet arbre des villes
places et bords de route
j’ai croisé tant d’affabulations
étonnantes
que j’aurais aimé
les raconter toutes Continuer la lecture de « Les noces d’Orient et d’Occident : platane »

Un bouquet d’épines – Remix mash-up pour Erolf Totort

ronce photo snv.jussieu

Épines adventices
indésirables, tenaces
hôtes rebelles à la marge
aventurières de la zone
à vous fréquenter
on ne repart pas sans écorchure

Vous n’êtes pas de haute futaie
de vieille lignée
mais sauvages et familiers
ascètes des terres ingrates
vous dormez dehors
en terrains vagues

Épines dans le pied
bien pensant
vous semez un désordre punk
au jardin français
et n’offrez vos fruits
qu’aux vagabonds

Prunellier qui constelles
de perles bleues
givrées de pruine
la clôture que tu chiffonnes
âpre, astringent, et piquant
Épine noire pour résumer

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L’arbre transparent I

Personne ne m’a dépêché
pour ne sais quelle quête
de l’arbre effacé
Mais n’empêche, je cherche
sans savoir comment ni quoi

Arbre débité, essouché,
empilé dans un pays
dont on continue
à arracher les haies ?

Arbre insaisissable
chuchote dans l’invisibilité des forêts Continuer la lecture de « L’arbre transparent I »

Laurier sans couronne

Il faut rester
sous tes branches
pour sentir ce que tu sens
Ô laurier
écouter ce que tu contes
entendre si une nymphe
soupire dans ton feuillage luisant
tout bas
dans une langue secrète

Tenons-nous, toi et moi
loin du tintamarre assourdissant
des clairons, des trompettes
du fracas des glaives
des victoires militaires
des gloires à l’Antique
Plus près d’une vérité végétale ?

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Le chardon, lieu d’être

Un jeune chardon, crayon bic sur papier margé, Erolf Totort

Flore, le hasard
fait bien les choses
me propose
de m’attaquer non à la rose
mais au chardon
faut-il que je sois âne ou bouc
gencive dure et surtout langue râpeuse ?
Poète brut ?

Mais bon, je marche, je mâche
On peut compter sur moi
pour en faire toute une histoire
et poser, impudent crâneur
pour un portrait de l’artiste
non en bonnet d’âne
mais tenant un chardon
comme notre maître Albrecht Dürer

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La question houx


Certes, il reste vert
en hiver
ilex aquifolium
et cela nous rassure
peut-être encore
sur le retour
des beaux jours

Mais une fois décrochées
les décorations de Noël
une fois passées les festivités
et les pâtisseries
que reste-il du houx ?

Un cri dans la forêt
appel ou avertissement
de bête nocturne

Entre en scène le coriace
chevalier vert
cuirassé de pointes
en sa jeunesse

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Mon amie la ronce

Pourquoi la ronce ?
me demandera-t-on
Ce n’est pas la plus belle
des fleurs de mon jardin

Peut-être parce qu’elle est
mal aimable, rebelle
épineuse ?

Peut-être parce que les écorchures
causées par ses aiguillons
ont un air enfantin
d’école buissonnière
d’aventure
et de gourmandise

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Le masque de lierre

Pourquoi arracher le lierre ?
Liane du nord, hedera helix
liane ligneuse
Vêture du bonhomme hiver
linceul des vieilles demeures
couronne de bacchante
ceinture de fée nue

Il faut bien qu’il cache un secret
et j’ai dû croiser un jour
sans me souvenir où
un masque de feuilles vernissées
où deux yeux étincelaient

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Étienne Jodelle « J’aime le lierre aussi, et sa branche amoureuse »


D’Étienne Jodelle, dans Les Amours (1574)

J’aime le vert laurier, dont l’hiver ni la glace
N’effacent la verdeur en tout victorieuse,
Montrant l’éternité à jamais bien heureuse
Que le temps, ni la mort ne change ni efface.

J’aime du houx aussi la toujours verte face,
Les poignants aiguillons de sa feuille épineuse :
J’aime le lierre aussi, et sa branche amoureuse
Qui le chêne ou le mur étroitement embrasse.

J’aime bien tous ces trois, qui toujours verts ressemblent
Aux pensers immortels, qui dedans moi s’assemblent,
De toi que nuit et jour idolâtre, j’adore :

Mais ma plaie, et pointure, et le Nœud qui me serre,
Est plus verte, et poignante, et plus étroit encore
Que n’est le vert laurier, ni le houx, ni le lierre.