J’ai recopié Philippe Jaccottet comme on livre un secret

L’âme, si frileuse, si farouche,
devra-t-elle vraiment marcher sans fin sur ce glacier
seule, pieds nus, ne sachant plus même épeler
sa prière d’enfance,
sans fin punie de sa froideur par ce froid

Philippe Jaccottet, Pensées sous les nuages

Une sorte de début de roman pour juillet

Tout commence de manière plutôt anodine ; c’est dans la rue d’une ville ordinaire. On voit passer un individu trop grand, dont les enjambées font trembler le sol et dont le regard est impossible à soutenir. Il y en a un, puis deux, puis trois et d’autres encore. Leurs mouvements ont quelque chose d’imparfait comme si leurs corps n’étaient que des formes empruntées ou imitées. Est-ce que c’est une campagne publicitaire ? Une manifestation ? Personne ne réussit à leur parler ni à les arrêter. Manifestement ils ne sont pas d’ici, mais on ne sait pas d’où ils viennent ; on ignore comment ils ont surgi dans ce coin de l’espace. Peut-être observent-ils ; peut-être essaient-ils de se faire une idée, de rassembler des éléments qui leur serviront…
Un jour, ils lancent leur attaque. Les lampes et les écrans s’éteignent; les voix se taisent, les moteurs s’arrêtent, les avions tombent comme des pierres, les canons s’enrayent. Ils n’ont aucun mal à balayer les défenses qu’on leur oppose, ils anéantissent les résistances, brisent les volontés.
Finalement, ils réduisent les hommes en esclavage et les marquent d’un chiffre au front. Tout devient silence et soumission. La vie continue, mais il n’y a plus de décisions à prendre, plus de liberté. D’une certaine manière, tout est devenu plus simple.
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Rendons à Tardieu ce qui est à Tardieu

La plupart des idées que je crois avoir appartiennent en réalité à d’autres, mais je n’en éprouve pas de déception, plutôt un sentiment de connivence et de gratitude.

Les préfixes

À mesure que je vois
j’oublie j’oublie
j’oublie tout ce que je vois.

À mesure que je pense
je dépense je dépense !

À mesure que je vis
je dévie je dévie !

À mesure que je meurs
je demeure je demeure.

Jean Tardieu, « Monsieur Monsieur », 1951.

Un extrait de Rue de la femme sans tête

Non! — Je disais, je répétais, non! J’étais le négateur, le veuf,
le ténébreux. Je disais non. Je ne savais pas si j’avais raison mais je
m’obstinais à nier, à contrarier. Sans doute étais-je resté bloqué à
un stade de l’enfance ou dans la deuxième partie d’une de ces
dissertations qu’on m’avait fait écrire au lycée. Je ne dialectiquais
pas; je ne dépassais pas. Je n’étais pas le fils de Nietzsche, j’étais le
fils de Nicht ! C’était ma pose et ma vérité. Je ne savais pas dépasser
le nihilisme, le culte du refus. J’étais resté au fond; j’appréciais
l’absence de sens du monde et j’emmerdais les philosophes. J’avais
peur des mensonges; je ne voulais pas me compromettre. Alors
faute de mieux, je niais et je reniais, avec fureur, en espérant qu’il
en resterait une trace. Je niais jusqu’à la vie, jusqu’au plus
élémentaire bon sens. Je me niais moi-même. Peut-être qu’ainsi
une ombre de vérité continuerait à m’accompagner.
C’était comme si j’avais été oublié au fond de la casserole,
dans un petit purgatoire : j’avais attaché et j’avais noirci. La colère
ne me quittait pas; elle marchait dans mes pas. J’allais m’obstiner;
j’allais les défier.

« A LA CORDE », joué par La Compagnie Les Grandes Personnes

Avec Pauline de Coulhac, Christophe Evette, Fleur Marie Fuentes, Eric Larzat, Laure Louvat et Nicolas Tauveron, voir aussi http://www.lesgrandespersonnes.org/.

Objets realisés par Gaelle Bauer, Dominique Bonnot, Jeanne Bouchart, Virginie Chevrier, Sylvia Clément, Ambra De Trapani, Pauline de Coulhac, Nadége Dulac, Jean-Baptiste Evette, Christophe Evette, Fleur Marie Fuentes, Karine Gualdaroni, Mandarine Jacquet Gregg, Yabaco Konaté, Thierry Lachambre, Cedric Lasne, Antonin Le Bras, Bethsabée Lemberg, Laure Louvat, Jean Martin, Aude Meeschaert, Mélanie Minaud, Marjorie Monnet, Frank Oettgen, Marie Paget, Madeleine Pornon, Nicolas Tauveron, Adrien Terrier et Nicolas Vuillier.
A la Corde est soutenu par le centre Nil Obstrat, la Ville de Cergy et le Festival Cergy Soit !

Le samedi et dimanche 12 mai à 17 heures et le 13 mai à 19 heures
LE GRAND PARQUET
20 bis, rue du département – 75018 Paris
Métro La Chapelle ou Marx Dormoy – RER Gare du Nord
Entrée payante : 3 € tarif réduit/ 5 € plein tarif
Informations et réservations : 01 40 05 01 50
http://www.legrandparquet.net

Le samedi 2 juin à 18 heures
Festival ONZE BOUGE
Stade Thiéré -13 passage Thiéré, 75011 Paris – M° Bastille
Entrée libre

ACCUEIL

Le samedi 9 juin à 17 h
Festival LES NOCTURBAINES
Square Sarah Bernhard, rue de l’Agny, 75020 Paris – Métro Nation
Entrée libre
http://goumenbis.free.fr/

Le samedi 16 juin à 18 h
RENCONTRES ICI ET LA du théâtre de la COMMUNE
Magic Mirror de l’Espace Fraternité, 10-12 rue de la Gare, 93300 Aubervilliers
Entrée payante : 11 € / 7 € / 2 €
http://www.theatredelacommune.com/pdf/rp-icietla.pdf

Le dimanche 1 juillet
Festival L’ILE EN DELIRE
Ile Saint Denis. Parc départemental
Entrée libre

Le jeudi 20 septembre
Avant première du Festival CERGY SOIT
Place des Touleuse 95000 Cergy – RER A Cergy Prefecture

Les samedi et dimanche 22 et 23 septembre
Festival CERGY SOIT
Parc de la prefecture 95000 Cergy – RER A Cergy Prefecture
Entrée libre
http://www.95degres.net/cergysoit/

En mai, il sera plus facile d’être nihiliste

SUR LA TOILE, ON TROUVE PARFOIS DES PAGES TRADUITES PAR DES LOGICIELS, QUI CRÉENT UNE POÉSIE AGRAMMATICALE, RIDICULE ET MACHINIQUE. « N’IMPORTE QUEL NON SENS SERVIRA » DIT CE TEXTE INVOLONTAIREMENT PROPHÉTIQUE.

« En littérature
Du mystère de Charles Dickens d’Edwin Drood : les « Miss Twinkleton (dans son état d’amateur d’existence) s’est contribués et un pâté en croûte de veau à un pique-nique. »
En roman Emma de Jane Austen au pique-nique de colline de boîte qui s’est avéré être une déception endolorie, Churchill franc a dit à Emma : « nos compagnons sont excessivement stupides. Que devons-nous les faire au rouse ? N’importe quel non-sens servira. »
En pique-nique de Fernando Arrabal dans le domaine le jeune et inexpérimenté soldat Zepo est rendu visite inopinément par ses parents dévoués. En dépit de l’arrangement de guerre ils ont un pique-nique gai ensemble.
Le pique-nique utopique de bord de la route de roman par Boris et Arkady Strugatsky, qui a été écrit en 1972, était la source pour le film Stalker (1979) par Andrei Tarkovsky. Le roman est au sujet d’une « zone » mystérieuse remplie d’objets façonnés extraterrestres étranges et souvent mortels, qui sont théorisés par quelques scientifiques pour être les ordures d’un « pique-nique » étranger sur terre. »
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Deux pages d’un journal de 2005, temporairement

mercredi 2 novembre 2005
La potion que je sers est-elle trop amère ? Trop salée ? La date limite de consommation est-elle passée ?
Le fou d’écriture, le danseur de corde, l’avaleur de sabres, le cracheur de feu, il faut qu’il soit un cirque à lui tout seul… Il faut que l’écriture s’affranchisse et que la ponctuation erronée et faiblarde devienne le rythme véritable d’une nouvelle voix.
Mégalomanie mon amie… Où est passé le fou d’écriture ? On rapporte qu’il aurait existé… Qu’il serait passé par là… Le moine Citrouille amère s’est perdu sur les flancs du mont Fuji.
Quelqu’un a cru que cette grotte y menait.
Des gammes sans exigences et sans but, pur essai de virtuosité ?
Feuilles d’automne lissées au fer à repasser.
Quelque chose de brut, quelque chose de vrai ?
Suivez-moi de l’autre côté du miroir disait l’autre… N’oubliez pas d’éteindre la lumière quand vous serez sortis, quand la musique sera finie.
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Toutes ces années avant de découvrir la poésie de Benjamin Fondane

La tempête va tout balayer — qu’elle vienne !—
Plus l’écume d’un seul oiseau
entre moi-même et le regard.

Le grand vent se pose partout,
il vérifie la solidité des astres —
mais où est-il passé l’espace ?

La solitude vient — est-ce bien la dernière ?
Quelqu’un déjà tourne de l’œil
dans un naufrage sans mémoire.
Voici que des soleils très mûrs
marquent l’éveil des insomnies
— mais où est-il passé le temps ?

Je sens qu’il faudra être grand
dans cette solitude vierge
que vient de balayer le vent —
oiseaux plus grands que neige…
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Face au texte : rumination

Combien de fois faut-il répéter un mot pour qu’il ne veuille plus rien dire, pour qu’il perde toute saveur ?
Dira-t-on qu’il s’agit de le répéter, de le ressasser, de le remâcher ou de le ruminer ?