Une poignée d’olives pour la route

 

 

 

 

 

À l’association 1851 et aux Amis des Mées

Une olive :
Quand je serai poète
Je dédierai une ode
À l’olivier
Ou peut-être seulement
À son rameau
Ou alors simplement
À l’olive

L’éloge surgirait
D’un simple noyau
Dur et strié

Oui, l’olive pose rondement
Un idéal de perfection
Et de forme
Par l’ovale clos
La saveur, la concision
Eh oui, elle nourrit
Et tout un chacun
Est ravi par l’olive

À défaut d’offrir un olivier poétique
Au moins une olive de poésie
Charnue autour d’un os végétal

« Je te fay present de mon Olive »
Oh lis, du gentil Du Bellay
Le recueil de sonnets premier
Tu le sauras, il préfère l’olivier
Au laurier, très beau mystère
Français

 

 

 

 

 

Deux olives :
Sans enjôler
Sans enjoliver
Les cueilleuses
Je partirai oliver
Avec elles

Van Gogh en peignant des ouvrières
Des cueilleuses dans une oliveraie
Petit métier, toujours mal payé
Se disait que si la toile était réussie
Allumée de flammes vertes
Elle évoquerait forcément le Christ
Au mont des Oliviers
Sans qu’il eût à le montrer
Car l’illustration, non

Mais me voici, le bras tendu
En position, fada
De raccrocher l’olive à sa branche
Ce qui est ardu

 

 

 

 

 

Trois olives :
Si j’étais poète
Je parlerais provençal
Je dirais oli pour l’huile
Oulive ou oulivo
Pour le fruit
Closso pour le noyau
Et sûrement beaucoup d’autres mots
Selon la taille et la variété

Je parlerais grec
Et dirais elaïa

De toute éternité
Je n’aurais en tout et pour tout
Que ce petit champ d’olivier
À labourer et travailler

Les fruits seraient verts
Puis tirant sur le violet, puis noirs
Trop amers pour être comestibles
Tels quels
Lessivés, rincés, fermentés
Avant d’être offerts
Et mangés

Cette Provence, comme l’Italie
Est source de poésie
Âpre, venteuse
Sèche et orageuse
Montueuse
Une Provence insurgée
Ouvrière et paysanne

 

 

 

 

 

 

 

Quatre olives :
Caillouteux, sinueux
D’une poussière qui blanchit
Mes souliers, mes habits
Le chemin qui me mène
Seul, aux oliviers

Vieillards délicieusement féconds
Fourchus, crevassés, tordus
Centenaires noueux ivres de soleil
Ceps géants dont le vin est de l’huile

Jumeaux, triplés, trapus
Brandissant massues
Comme celle d’Hercule
Taillée dans l’olivier

Les branches s’élancent
Parfois si désordonnées
Si tourmentées
Qu’elles évoquent Laocoon
Luttant pour échapper
Au serpent monstrueux
Surgi de la mer

Et spontanément
Apparaît tout armé
Dans le poème
L’olivier sacré
Don de Pallas Athéna
À la cité d’Athènes

Elle frappe la terre de sa lance
Et grandit l’arbre
Ô déesse aux yeux pers
Glauques, brillants
Verdâtres ou olivâtres
Dont la contemplation
Donne le vertige

 

 

 

 

 

 

 

Cinq olives :
Est-ce hasard
Si aimé d’Athéna
Ulysse l’avisé
Avait taillé son lit conjugal
Lit aussi de Pénélope esseulée
D’une souche d’olivier
Encore enracinée
Dans la roche ancestrale
De l’île d’Ithaque
Puis construit la chambre
Tout autour ?

Et les troncs d’oliviers
Vieux amants aussi
Étroitement enlacés
Qu’en leur jeunesse ardente

Caryatides doubles de leur feuillage
Qui dispense peu d’ombre
Et dont change la couleur
De l’avers au revers
Selon le vent et la lumière
Portant sinople, gris ou argent

 

 

 

 

 

 

 

Six olives :
Ivres voiliers immobiles
Nuée d’argent posée sur la colline

Hélas, ne suis ni Pindare
Ni Pétrarque
Pas même véritable oulipien
Mais branche sèche
Noyau remâché

Mon olivier ne sonne pas l’oliphant
N’est pas l’ami de Roland
Mais s’honore tout de même
D’un lignage qui remonte au déluge
En témoigne la colombe
Ou la tourterelle

 

 

 

 

 

 

 

Sept olives :
Pour l’offrir
Je vole un rameau d’olivier

Mystérieux signe de paix
Car l’Éternel aurait promis
De ne plus exterminer l’humanité
À coups de déluge ou de foudre
Par l’alliance de l’arc-en-ciel
De vrai, je n’y comprends goutte

Alors plus modestement
Aux creux de la main
Un peu d’huile
Qu’elle adoucisse les blessures
Et enjolive les jours

Commune des Mées, 9 décembre 1851 et 15 octobre 2017

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