Dans les yeuses

Feuilles du chêne de Dodone © musée archéologique d’Athènes

 

 

 

 

 

 

 

 

Là bas, jadis, au pays d’Épire
Barbare et mystérieux
Lointain, nordique et pluvieux
Du moins au yeux des Grecs
Dans le bruissement des ramures
D’un bois de chênes
On déchiffrait les paroles de Zeus
Le dieu assembleur des nuées
Et la légende de Dodone me fascine

Me mêlant de ce qui ne me regarde pas
Je me demande si les chênes
Nous observent
Quand leurs rameaux
Oscillent et chuchotent
Même sans vent

Serviteurs de l’oracle
Le Selles, ascètes méconnus
Vivaient pieds nus
Mal lavés, dit Homère
Ils dormaient à même le sol
Sans doute pour mieux
Comprendre les arbres
Mais on ne nous dit pas
S’ils rêvaient debout

Les chênes de Dodone
Qui dressaient les colonnes
D’un temple sans toiture
Gardaient leur capacité prophétique
Même une fois coupés
En témoigne les oracles rendus
Par la proue du navire Argo
(Ou son mât ou sa poupe)
Taillée dans leur bois
Quand elle labourait les mers

Mais de quel lignage
Étaient les chênes de Dodone ?

Les anciens répondent presque unanimes
Quercus ilex, chêne-houx
Dit aussi chêne vert
Ou mieux encore yeuse, Ô yeuse
Presque seul arbre à porter un nom féminin
Dense, sombre et touffue
Au feuillage persistant
Est-ce que l’yeuse nous regarde
Dans les yeux ?

Mais les feuilles d’yeuses
Dures et rigides dans le vent
Sont peu loquaces
Pour autant que je sache

Et Constantin Karapanos
Qui fouilla le sanctuaire
Dans les années mille-huit-cent-soixante-dix
Trouva un rameau de bronze
Figurant une branche de chêne
Plutôt de l’espèce quercus trojana
Qui ne conserve ses feuilles
Que jusqu’au printemps
Au ramage sûrement plus éloquent

Les Grecs donc
Confiaient leur destinée
Aux oracles d’un chêne étranger
Né chez les Troyens, leurs ennemis
Qui les comprenaient mieux
Qu’eux-mêmes

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