Une poignée d’olives pour la route

 

 

 

 

 

À l’association 1851 et aux Amis des Mées

Une olive :
Quand je serai poète
Je dédierai une ode
À l’olivier
Ou peut-être seulement
À son rameau
Ou alors simplement
À l’olive

L’éloge surgirait
D’un simple noyau
Dur et strié

Oui, l’olive pose rondement
Un idéal de perfection
Et de forme
Par l’ovale clos
La saveur, la concision
Eh oui, elle nourrit
Et tout un chacun
Est ravi par l’olive Continuer la lecture de « Une poignée d’olives pour la route »

Colosse effacé le cormier le sorbier

Bel arbre, sans mentir
Feuillage composé, ajouré
Lent à pousser
Volontiers géant
Pourvu qu’on lui laisse le temps
Borne des campagnes de jadis

À la croisée des chemins
Ou en limite de parcelle
Écorce de chêne
Rameau comparable à celui du frêne
Et à l’automne, saison des brumes
Petits fruits
En forme de poire

Bois rouge
D’une telle dureté
Qu’on hésitait à le travailler
Sauf pour les manches d’outil
Les rouages du moulin
La vis du pressoir
Ou de la presse
Gravure sur bois
Poinçons de typographe

Cormier ou Sorbier domestique
Sorbier dans le midi
Cormier au nord, à l’ouest

Vous dites sorbier
Je dis cormier
Ou l’inverse
N’allons pas nous disputer
Pourvu qu’on ait l’ivresse
Continuer la lecture de « Colosse effacé le cormier le sorbier »

À l’orée

 

 

 

 

 

Couronnant la colline
Depuis des temps immémoriaux
La forêt règne sur l’horizon

On n’en voit que la lisière
Bord plus ou moins effrangé
Limite plus ou moins effilochée

Faut-il dire lisière ou orée ?
Qui est dedans, qui est dehors ?
Un œil observe-t-il depuis la sylve ?

La plupart des villages, des ermitages
Ont choisi de lui tourner le dos
D’ouvrir des essarts, des défrichages

À son abord quelque chose nous interdit
Outre les panneaux défense d’entrer
Chasse privée, voire Attention pièges
Continuer la lecture de « À l’orée »

Avant de croquer la pomme

Il fallait bien y arriver
Au pommier
Et tout de suite
Tomber dans les pommes
De mon enfance
Au verger planté
Par l’arrière-grand-père
Prénommé Jules
Dans la Sarthe

Tant le pommier suscite
Autour de lui un jardin
De mots et mythologie
Ô Éden, ô Hespérides
Filles de Madame l’Heure-du-soir
Et du titan Atlas porte-monde

L’odeur des pommes
Est un peu sure
Pommes à cidre
Ou pommes à couteau ?
Continuer la lecture de « Avant de croquer la pomme »

Lire Le Dernier Stade de la soif de Frederick Exley

Lire Le Dernier Stade de la soif de Frederick Exley est une aventure étrange à laquelle j’ai failli renoncer. Le récit déroule une addiction incurable à l’alcool et au football américain, de nombreux séjours en clinique psychiatrique, y compris des traitements aussi violents qu’absurdes, dont l’insulinothérapie, qui repose sur des injections d’insuline pour priver brutalement l’organisme de sucre, ou des électrochocs.

Peu de thèmes m’indiffèrent autant que le football américain ou la fixation tout aussi américaine sur la figure du père, et certaines blessures narcissiques font l’objet d’un ressassement maladif que je trouve perturbant, mais la dimension épique de la révolte du narrateur contre tout le reste de ce qui fait les États-Unis, son insoumission chronique, ses échecs professionnels et amoureux volontaires, son désir désespéré de devenir un écrivain, et surtout d’extraordinaires portraits de personnalités ratées et magnifiques, asservies par leurs propres mensonges, l’athlétique et minuscule représentant de commerce Mister Blue ou le beau-frère Bumpy, ignare obsédé par une citation de Fitzgerald, transcendent toute réserve.