Troène – amoureuse

Troène – amoureuse

Pourquoi ai-je passé si souvent
le troène aux belles feuilles
opposées, lancéolées, luisantes
sans le voir
lui, ni ses fruits noirs et toxiques
ni ses corolles virginales

Certes, sa hauteur ne dépasse guère
six ou huit pieds
on le rabat souvent
pour en faire des haies
mais c’est surtout
parce que j’ignorais son nom
que je ne le distinguais pas

Troène, nom germain
C’était ligustrum en latin
de ligus, « lien » ?
parce que la souplesse
de ses branches sombres
permettait de les tresser
Ou de Ligurie, obscurément
géographique ?

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Les noces d’Orient et d’Occident : platane

Platane de l’Aigle, photo Office du tourisme de l’Aigle, Emmanuel Boitier

Quoique Francis Ponge
et Paul Valéry lui
aient consacré
chacun un poème
devant le platane commun
j’ai hésité
tant il me paraissait banal
arbre d’alignement en somme
poussiéreux et sec

Écorce mouchetée
renouvelée par écailles
feuille coriace dessinée
comme celle de l’érable
hauteur majestueuse
Résistant à la mutilation
il survit même en moignon
et défie la pollution

Et puis comme toujours en cherchant
en feuilletant
ce qu’offrait à aimer
cet arbre des villes
places et bords de route
j’ai croisé tant d’affabulations
étonnantes
que j’aurais aimé
les raconter toutes Continuer la lecture de « Les noces d’Orient et d’Occident : platane »

Un bouquet d’épines – Remix mash-up pour Erolf Totort

ronce photo snv.jussieu

Épines adventices
indésirables, tenaces
hôtes rebelles à la marge
aventurières de la zone
à vous fréquenter
On ne repart pas sans écorchure

Vous n’êtes pas de haute futaie
de vieille lignée
mais sauvages et familiers
ascètes des terres ingrates
vous dormez dehors
terrains vagues

Épines dans le pied
bien pensant
vous semez un désordre punk
au jardin français
et n’offrez vos fruits
qu’aux vagabonds

Prunellier qui constelles
de perles bleues
givrées de pruine
la clôture que tu chiffonnes
âpre, astringent, et piquant
Épine noire pour résumer

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Laurier sans couronne

Il faut rester
sous tes branches
pour sentir ce que tu sens
Ô laurier
écouter ce que tu contes
entendre si une nymphe
soupire dans ton feuillage luisant
tout bas
dans une langue secrète

Tenons-nous, toi et moi
loin du tintamarre assourdissant
des clairons, des trompettes
du fracas des glaives
des victoires militaires
des gloires à l’Antique
Plus près d’une vérité végétale ?

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Le chardon, lieu d’être

Un jeune chardon, crayon bic sur papier margé, Erolf Totort

Flore, le hasard
fait bien les choses
me propose
de m’attaquer non à la rose
mais au chardon
faut-il que je sois âne ou bouc
gencive dure et surtout langue râpeuse ?
Poète brut ?

Mais bon, je marche, je mâche
On peut compter sur moi
pour en faire toute une histoire
et poser, impudent crâneur
pour un portrait de l’artiste
non en bonnet d’âne
mais tenant un chardon
comme notre maître Albrecht Dürer

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Double entrevue avec un chêne


Visite de fin d’été

Supposons un rendez-vous
avec un voisin
qui ne quitte jamais son jardin
un ermite ascétique et cassant
un parent éloigné, têtu et taciturne
mais plus grand
mais plus vert
qui me survivra
certainement
Il faut marcher pour négocier
une rencontre
seul à seul
Comme il dort dehors
il est déjà là
et je suis en retard
Ses abords sont défendus
ronces, broussailles
toiles d’araignée
rejets, silex le ceignent
et le ravinement rugueux
de l’écorce n’encourage pas
les familiarités
Sur la colline cependant
sur un lit de cupules et de glands
des saisons précédentes
il me donne audience
et c’est à moi d’écouter
J’interromps pourtant
une conversation
un oiseau
dont je n’entrevois que le vol
me laisse la place
Son orchestre de feuilles joue
murmures, frôlements
frottements
Sans savoir ce qu’il a dit
j’ai oublié des lambeaux
de pensée
dans ses branches
des fumées de rêve
à sa cime

Visite de printemps

Midi printemps pinson
nid de pie poussé au chêne
pour guider la navigation
sur deux saisons
L’impression de solitude
est moindre
car un couple de mésanges
ébouriffées
coiffées d’un béret gris bleu
face peinte de traits sombres
comme Sioux
me surveillent
évasives acrobates
tiennent compagnie à l’arbre
sans jamais s’enfuir
Après un temps, j’apprends
elles y habitent un trou à leur taille
partout autour gonflent
au bout des branches
gros bourgeons enveloppés
d’une soie entre le violet le brun
Le soleil plus vif détaille
plaies et cicatrices
dont certaines bordées 
de bourrelets d’écorce
grande fraîcheur de l’ombre
encore
Mouches bourdonnent
Mon voisin presque immobile
un lézard vif dort
près d’un lierre mort
Je me sens moins malin
et peut-être plus fort
pas plus fort que lui
mais plus fort qu’hier
est-il possible que le chêne
plus indulgent
ait enfin accepté
d’ouvrir un peu
son penser
d’arbre

À lire de préférence sur deux colonnes, dans le sens qu’on veut

La question houx


Certes, il reste vert
en hiver
ilex aquifolium
et cela nous rassure
peut-être encore
sur le retour
des beaux jours

Mais une fois décrochées
les décorations de Noël
une fois passées les festivités
et les pâtisseries
que reste-il du houx ?
un cri dans la forêt
qppel ou avertissement
de bête nocturne

Entre en scène le coriace
chevalier vert
cuirassé de pointes
en sa jeunesse

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