Carl von Linné et l’amour


Né en dix-sept cent sept, Carl Nilsson
Fut rebaptisé Carl Linnæus
Puis encore Carolus Linnæus
(Forme latinisée
D’un vieux suédois linn
À cause d’un tilleul
Du domaine familial)
Une fois anobli en
Carl von Linné
Il pouvait bien
S’interroger
Sur le véritable
Nom de choses
Et tenter d’établir
Une nomenclature
Du monde
Systema Naturæ

S’étonnera-t-on
Que son classement
Assemble
Deux noms
Qu’il soit binominal
Et latinisé
Le tilleul c’est tillia europaea
Genre en premier
Espèce en second

Pourtant, Carl Linnæus
Ton nom est construit
Dans l’autre sens
Individu d’abord
Groupe ensuite
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Un arbre « bien nommé » ?


Bois dur et cassant
D’un grain fin et serré
Son architecture torse
Et désordonnée
S’emmêle volontiers
Aux autres branches

Cannelures sur l’écorce
Même sans espoir
D’être le plus haut
Il jaillit, s’élance,
Véritable fusée de bois

Avec ses feuilles lancéolées
Asymétriques en leur extrémité
Rougeoyantes en automne
Comprend-on pourquoi
Il a été baptisé
Par Carl von Linné
Euonymus, c’est-à-dire
Le bien-nommé ?

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Épine noire, épine blanche

Après la disparition du givre
Quelle nouvelle floraison
Accroche aux branches
Les mousselines immaculées
D’un nouveau printemps ?

 

 

Épine noire, épine blanche
Mon cœur balance

L’épine noire du prunellier
Est la première à fleurir
L’épine blanche
Ou aubépine
Est la plus parfumée

Elles fleurissent
Sur les deux versants de l’imagination
Aux deux versants d’avril
Prunellier en mars
Et aubépine en mai

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L’érable brouillon

Érable champêtre, chez Gallica

Mon érable n’est pas américain
Nulle cabane à sucre
Rien à inciser
Pas de suc délectable
Il ne figure sur aucun drapeau
Il n’est pas non plus
Le majestueux érable sycomore
Ni l’érable plane
Certainement vénérables
Probablement admirables

Car ma préférence va
À l’érable champêtre et tors
Banal dans la haie
En bordure de pré
En bordure de terre arable
Aussi bien en pays sec
Que mouillé

Acer campestre
Champêtre
Ou un de ces mots
Désignant les paysans
Et pour certains devenus
Des insultes
Érable rustique
Cul-terreux
Péquenot
Bouseux
Vilain
Païen

Son étymologie est incertaine
Porte-t-il le suffixe en –able
Du faisable ? Continuer la lecture de « L’érable brouillon »

Les échasses d’aulne

Aulnes de Saint-Gilles-Vieux-Marché, photo Yannick Morhan, volé au précieux http//lestetardsarboricoles.fr/

De l’aulne, le nom
Un peu liquide
Signale un arbre
Qui se plaît
Les racines dans l’eau
Au point que sa présence
Révèle dans le paysage
Les contours des rivières
Qui s’y cachent

Les résidents du bord de l’eau
Marais, fontaines, ruisseaux
Ont mauvaise réputation
Et il court des bruits étranges
Sur l’aulne comme sur le saule
Ou le peuplier

Au sud, on dit verne ou vergne
Comme le vieux Jules
De Vingt-mille Lieues sous les mers
Un monstre aquatique
Nous observe-t-il, impavide
Trempant négligemment
Un tentacule dans l’onde ? Continuer la lecture de « Les échasses d’aulne »

Thèse et antithèse du gui


Présent toute l’année
Mais plus évident
Par temps de ciel laiteux
Peint à la grisaille
Par temps de neige
Sempervirent
Ce toxique nous atteindrait au cœur
Précipitant ses battements
Comme le baiser
Sous son feuillage clairsemé
Sous le gui échangé
Baiser et non suçon
De petit vampire vert
Assoiffé de sève

Que viens-tu faire
Demandera-t-on au rimailleur
Pousse méprisée et méprisable
Petit parasite
Dans ce sentier
Déjà emprunté
Par Francis Ponge
« Le gui la glu »
Dont tu sembles
Tout imprégné ?
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