Un if

Un if
Longtemps rétif
à la poésie des conifères
des porte-aiguilles
qui me paraissaient
sinistres et stériles
j’ai marché jusqu’à l’if
« millénaire » de Jauzé
dans la Sarthe
entre ruisseau et bois
heureux et pensif

Sa présence ébouriffante
son tronc vrillé et fendu
l’écorce rougeâtre en écailles
l’importance sauvage
de sa ramure excluait
que l’on fasse fi de l’if

À dire vrai, l’arbre massif
et sombre au cimetière
ne portait pas de cônes
mais des fleurs petites
brunes anémophiles

Somme toute près de l’église
croissant aussi lentement
que houx ou buis
il rappelle aux morts
de l’ouest et du nord
ce que dit au sud
le cyprès d’Italie figuratif :
l’ombre noire du trépas
obscurcit le jour
mais il y a l’espoir
qu’il ne triomphera pas
toujours de l’amour

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Surcroît de noisetier

D’abord champêtre
bucolique, à la Virgile
car la bergère
Phyllis aime à reposer
sous le coudrier
corylus avellana
occupe un chapitre rustique
du Théâtre d’agriculture
d’Olivier de Serres

C’est si simple
si familier
la coudraie
son ombre légère
et translucide
d’un vert tendre
jeune, nervuré, gaufré
tendu sur des gaules souples

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Cyprès de Lambert

J’étais tout petit
et nos grands-parents
appelaient cupressus
les arbres de la haie
orthogonale
à la route côtière
vers Mesquer

Leur parfum était frais
leurs fruits ronds
durs et odorants
leur ombre profonde
leur hauteur impressionnante

La distinction apportée
par ce nom latin
me paraissait aller de soi

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Au sorbier des oiseaux

Ayant déjà inventé
nostalgie des neiges d’antan
pour un roman tumultueux et triste
une fille à soldats acide
surnommée Sorbe

il fallut pourtant rencontrer
l’arbre en été
près de la Ferté-Vidame
en lisière d’une forêt
malmenée par la sécheresse

pour me consacrer
à l’arbre sorcier
et célébrer ses noces
avec l’oiseau
Comment penser
l’un sans l’autre ?

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Clématite des haies

Malgré festons
et guirlandes
ou souvenirs de Tarzan
cette liane d’Occident
liorne, jorne
inquiète quelquefois

Comme ronces et orties
un serpent végétal
rampille, fausse vigne
envahit maison ruinée
sous-bois obscur
terrain abandonné

Signe de sauvagerie
sarmenteuse
barbe de chèvre
ses tiges ligneuses
tombent en tout sens

Son pétiole vrille
s’attache
tourne
volubilement

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L’arbre transparent II – Orme

Appliqué à voir ce qui n’est plus là

je sais enfin l’arbre fantôme
qui me hantait, c’est l’orme

« Sentez-vous son parfum spectral
frais le matin après une averse printanière ? »

Enfant, entre soixante-dix et quatre-vingt
je n’ai pas vu les grands ormes mourir

presque tous étouffés par la graphiose
épidémie revenue avec des bois américains

J’étais plus près de l’orme Saint-Gervais
l’arbre de justice, que de Saint-Fulgent-des-Ormes

Ici en Normandie, il était partout
et n’est plus nulle part, nul écho

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Prosopopée du vent dans les branches

Naturellement,
murmurent les arbres
d’un même souffle
nous avons davantage
d’affinités
avec le vent
même si parfois
la tempête nous moissonne
et nous couche
dans un linceul de verdure
quand nous soufflons nos pollens
avant l’apparition des feuilles
à perdre haleine
« anémogamie » écrit le botaniste
mariage aérien par les alizés
en grec anemos, en latin anima
âme du souffle
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Deux viornes des petites routes du Perche

Fleurs et feuilles printanières
dans la bibliothèque de la haie
offrent toujours même après des années
quelques surprises

Comme un florilège poétique
ignoré jusque-là
se révèle au long d’une route familière
arbrisseau ou arbuste, tressé aux autres
petites fleurs blanches
en corymbes circulaires
dont le parfum vaguement malodorant
attire sans doute d’autres que nous
feuilles d’une verdeur de menthe, veloutées
finement dentelées, bourgeons nus

On lui a attribué tellement de noms
que cela crée un flou
son histoire doit être longue
et riche en langues anciennes
rurales et païennes

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Texte forestier

En Inde…
encore une fois je parle sans savoir
à l’aveugle, à l’aventure
au risque de me perdre en chemin
parce que c’est ainsi que je me sens vivre

Au Tamil-Nadu…
j’ai appris qu’une partie des écrits védiques
sont des aranyakas
c’est-à-dire des textes forestiers
au sens où, sans doute,
marginaux, étranges voire dangereux
ils ne doivent pas être étudiés
ou proférés
dans le confort du village
mais à l’écart, en lieu autre, isolé

Du sanskrit aranya
qui signifie « forêt »
Et de vrai, comme face à une forêt
je n’ai ni eu ni assez de bras
pour étreindre ce pays
ni assez d’yeux pour le voir Continuer la lecture de « Texte forestier »

Feu de forêt

Escarbilles, haleine brûlante
Flammes montent
Feuilles flétrissent
Rameaux flambent
Sève bout
siffle, crépite
Bois se fend
Écorce éclate

Au bûcher de l’incendie de forêt
nulle part où courir
Les arbres
assistent sans pouvoir bouger
à l’embrasement
au martyr des leurs
qui ardent
frémissent d’angoisse
assourdis par les
cris d’agonie muets

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