Au sorbier des oiseaux

Ayant déjà inventé
nostalgie des neiges d’antan
pour un roman tumultueux et triste
une fille à soldats acide
surnommée Sorbe

il fallut pourtant rencontrer
l’arbre en été
près de la Ferté-Vidame
en lisière d’une forêt
malmenée par la sécheresse

pour me consacrer
à l’arbre sorcier
et célébrer ses noces
avec l’oiseau
Comment penser
l’un sans l’autre ?

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Clématite des haies

Malgré festons
et guirlandes
ou souvenirs de Tarzan
cette liane d’Occident
liorne, jorne
inquiète quelquefois

Comme ronces et orties
un serpent végétal
rampille, fausse vigne
envahit maison ruinée
sous-bois obscur
terrain abandonné

Signe de sauvagerie
sarmenteuse
barbe de chèvre
ses tiges ligneuses
tombent en tout sens

Son pétiole vrille
s’attache
tourne
volubilement

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L’arbre transparent II – Orme

Appliqué à voir ce qui n’est plus là

je sais enfin l’arbre fantôme
qui me hantait, c’est l’orme

« Sentez-vous son parfum spectral
frais le matin après une averse printanière ? »

Enfant, entre soixante-dix et quatre-vingt
je n’ai pas vu les grands ormes mourir

presque tous étouffés par la graphiose
épidémie revenue avec des bois américains

J’étais plus près de l’orme Saint-Gervais
l’arbre de justice, que de Saint-Fulgent-des-Ormes

Ici en Normandie, il était partout
et n’est plus nulle part, nul écho

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Prosopopée du vent dans les branches

Naturellement,
murmurent les arbres
d’un même souffle
nous avons davantage
d’affinités
avec le vent
même si parfois
la tempête nous moissonne
et nous couche
dans un linceul de verdure
quand nous soufflons nos pollens
avant l’apparition des feuilles
à perdre haleine
« anémogamie » écrit le botaniste
mariage aérien par les alizés
en grec anemos, en latin anima
âme du souffle
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Deux viornes des petites routes du Perche

Fleurs et feuilles printanières
dans la bibliothèque de la haie
offrent toujours même après des années
quelques surprises

Comme un florilège poétique
ignoré jusque-là
se révèle au long d’une route familière
arbrisseau ou arbuste, tressé aux autres
petites fleurs blanches
en corymbes circulaires
dont le parfum vaguement malodorant
attire sans doute d’autres que nous
feuilles d’une verdeur de menthe, veloutées
finement dentelées, bourgeons nus

On lui a attribué tellement de noms
que cela crée un flou
son histoire doit être longue
et riche en langues anciennes
rurales et païennes

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Texte forestier

En Inde…
encore une fois je parle sans savoir
à l’aveugle, à l’aventure
au risque de me perdre en chemin
parce que c’est ainsi que je me sens vivre

Au Tamil-Nadu…
j’ai appris qu’une partie des écrits védiques
sont des aranyakas
c’est-à-dire des textes forestiers
au sens où, sans doute,
marginaux, étranges voire dangereux
ils ne doivent pas être étudiés
ou proférés
dans le confort du village
mais à l’écart, en lieu autre, isolé

Du sanskrit aranya
qui signifie « forêt »
Et de vrai, comme face à une forêt
je n’ai ni eu ni assez de bras
pour étreindre ce pays
ni assez d’yeux pour le voir Continuer la lecture de « Texte forestier »

Feu de forêt

Escarbilles, haleine brûlante
Flammes montent
Feuilles flétrissent
Rameaux flambent
Sève bout
siffle, crépite
Bois se fend
Écorce éclate

Au bûcher de l’incendie de forêt
nulle part où courir
Les arbres
assistent sans pouvoir bouger
à l’embrasement
au martyr des leurs
qui ardent
frémissent d’angoisse
assourdis par les
cris d’agonie muets

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Victoire du poirier

Photo de Mickaël Jézégou : Le monumental poirier de Keranfaro, Taulé, Finistère, sur le beau site des têtards arboricoles

Géant échevelé
surgi au détour d’un chemin
dans un vallon drômois
ou nain noueux et écailleux
dans mon jardin de Normandie

L’un Pyrus pyraster, sauvage et épineux
aigrin ou pérussier
aux fruits petits et âcres ?
arbre maudit selon les traités étrusques
L’autre Pyrus communis, domestique
arbre porte-chance des anciens
qui offre à l’automne
un dessert suave
cuisse-madame ou bon-chrétien ?

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Troène – amoureuse

Troène – amoureuse

Pourquoi ai-je dépassé si souvent
le troène aux belles feuilles
opposées, lancéolées, luisantes
sans le voir
lui, ni ses fruits noirs et toxiques
ni ses corolles virginales

Certes, sa hauteur ne dépasse guère
six ou huit pieds
on le rabat souvent
pour en faire des haies
mais c’est surtout
parce que j’ignorais son nom
que je ne le distinguais pas

Troène, nom germain
C’était ligustrum en latin
de ligus, « lien » ?
parce que la souplesse
de ses branches sombres
permettait de les tresser
Ou de Ligurie, obscurément
géographique ?

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Les noces d’Orient et d’Occident : platane

Platane de l’Aigle, photo Office du tourisme de l’Aigle, Emmanuel Boitier

Quoique Francis Ponge
et Paul Valéry lui
aient consacré
chacun un poème
devant le platane commun
j’ai hésité
tant il me paraissait banal
arbre d’alignement en somme
poussiéreux et sec

Écorce mouchetée
renouvelée par écailles
feuille coriace dessinée
comme celle de l’érable
hauteur majestueuse
Résistant à la mutilation
il survit même en moignon
et défie les polluants

Et puis comme toujours en cherchant
en feuilletant
ce qu’offrait à aimer
cet arbre des villes
places et bords de route
j’ai croisé tant d’affabulations
étonnantes
que j’aurais aimé
les raconter toutes Continuer la lecture de « Les noces d’Orient et d’Occident : platane »