Le pays de l’alisier

Alisier blanc © Parc national des Écrins
http://biodiversite.ecrins-parcnational.fr/espece/124306

Montant au col de Beauvoisin
En vue de la croix de Justin
Autre pays des merveilles
Essoufflé mais les yeux grand ouverts
Sur une pente buissonneuse
J’ai aimé
L’allant de jeunes arbres
L’élan vigoureux et désordonné
De leur tronc mince
Gris, tacheté
Moins appesanti
Que moi par la gravité

Comment ne pas admirer
Leurs faisceaux de fruits
Verts, orange ou rouges
Selon leur maturité
Et surtout la danse changeante
De leurs feuilles gauffrées
Argentées au verso ?

J’ignorais leur nom
Peut-être un sorbus
Genre fourre-tout
Ou un prunus inconnu ?
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Dans les yeuses

Feuilles du chêne de Dodone © musée archéologique d’Athènes

 

 

 

 

 

 

 

 

Là bas, jadis, au pays d’Épire
Barbare et mystérieux
Lointain, nordique et pluvieux
Du moins au yeux des Grecs
Dans le bruissement des ramures
D’un bois de chênes
On déchiffrait les paroles de Zeus
Le dieu assembleur des nuées
Et la légende de Dodone me fascine

Me mêlant de ce qui ne me regarde pas
Je me demande si les chênes
Nous observent
Quand leurs rameaux
Oscillent et chuchotent
Même sans vent

Serviteurs de l’oracle
Le Selles, ascètes méconnus
Vivaient pieds nus
Mal lavés, dit Homère
Ils dormaient à même le sol
Sans doute pour mieux
Comprendre les arbres
Mais on ne nous dit pas
S’ils rêvaient debout
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Le figuier, arbre aux fables

Nain peut-être
Au royaume des lettres
Souvent les fruits poétiques
Paraissent hors de portée
Pourtant, je m’obstine et
Me hisse sur la pointe des pieds

Mais heureusement cet arbre-ci
Un peu plus au sud
Incline sa ramure et ses énigmes
Jusqu’à moi
Sans fatigue

Son tronc ?
Gris, lisse
Parfois tors, déviant de la verticale
Se livre à des penchants capricieux

Ses branches ?

Sinueuses, cassantes
Annelées ou bourgeonnantes

Son ombre ?
Dense et fraîche
Aurait tenté le serpent
D’y abriter son intrigue

Son parfum ?
Riche et sucré
Pour peu qu’il soit chauffé
Au soleil d’été

Ses feuilles ?
Vernissées, de forme aussi variée
Que les interprétations d’un verset sacré
Auraient aidé les parents premiers
À cacher leur nudité
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Hécatombe de marronniers

Malgré sa taille
J’ai dû mal à m’y intéresser
Comme le platane
J’ai l’impression
Qu’il est banalement
Planté en rangées ou en allées
Par des édiles ou jardiniers
Sans imagination

On appelle d’ailleurs « marronnier »
Un article de journal
Récurrent et peu intéressant

Pourtant le marronnier
Triomphant en saison
De fleurs blanches
Coniques ou pyramidales
Et de grandes feuilles composées
À sept ou cinq folioles
Est sans doute le premier arbre
Que j’ai appris à reconnaître
Même si ses fruits étaient étrangement
Homonymes de la grosse châtaigne
Cuite ou confite
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Jumeaux de bois et de sang

Source wikipedia

 

 

 

 

 

 

 

 

Buisson ou arbuste
De peu de mine
Jadis renommé
Depuis oublié

D’ailleurs affublé d’un suffixe
Qui dénonce des actions ratées
Ou inutiles
Comme « pendouiller »

Se déploie, le cornouiller
En deux variétés
Complémentaires et opposées
Comme le fer et le sang
Dans un conte
Pas pour enfants

L’un, cornouiller sanguin
Cornus sanguinea
Fleurit blanc
Et possède des fruits noirs
Immangeables

L’autre, cornouiller mâle
Cornus mas
Porte fleurs jaunes
Puis fruits rouges
Cerises oblongues
Comestibles
Une fois blettes

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Au merisier, salut

Une prochaine fois on rimera
Prunus cerasus, le griottier
Ou cerisier aigre
L’arbrisseau drageonnant

Aujourd’hui, au merisier, salut
Prunus avium
Sauvage de haut fût
Cerisier des oiseaux
Fruits ailés
Écorce de papier
Qui se déroule et qui frise

Au printemps neigent dans le sentier
Les pétales blancs et délicats
Soufflés par la brise

Pour fruit, une idylle étymologique
Apprivoisée, savoureuse, la cerise
Sauvage, amère, la merise
Il n’y a pas loin d’amer à aimer

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Au pied du palmier

À n’avoir vu que des palmiers en pot
Déracinés comme au zoo
Enfermés sous le verre
Au jardin des Plantes
Dans la grande serre
Ou décorant de grands édifices
Dispersés en Bretagne ou à Nice
Je n’avais rien vu du tout
Jusqu’à, la cinquantaine passée,
Aux oasis ayant zigzagué
De Biskra à Tolga
De M’chounech à Sidi Okba
De Sidi Masmoudi à Gartah
Le long des séguias d’eau vive
Car le palmier est un monde
Et une civilisation

S’il pousse ses palmes jusqu’à trente mètres de hauteur
Il commence grand comme une main
Son secret serait proche du nôtre
Nous enseigne l’étymologie
La datte, latin dactylus, grec dactulos
Est comme le doigt et son os
La palme, du latin palma, comme la paume

Son nom savant
Depuis dix-sept cent trente-quatre
Est Phoenix dactylifera
Phénix porte-doigts
Phénix parce qu’il survit aux incendies ?
Ou parce qu’il serait venu de Phénicie
Dans les bagages
Des fondateurs de Carthage ?
Il suffit d’un noyau dans la poche

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Le charme recommencé

Ensorcelé, charmé de neuf
Faut que je rechante
Les vertus du charme
Carpinus betula
Suis-je, alors
Chanteur de charme ?

Trapu et coriace
Ses branches se replient parfois
Se soudent au tronc
Cannelures volumineuses
Racines saillantes
Serpent gris surgi
Du talus

Jeteur de sortilège, de maléfice
Noueur d’aiguillettes ?
Au chemin creux
Bourbier l’hiver
Mais à l’été
Envoûtement de lumière
Et de verdure
Le charme opère
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Effeuillaison

Aquarelle de Dominique Mansion

 

 

 

 

 

 

Effeuillage ?
Qui nous défeuille
Nous effeuille
Le paysage
À la saison d’effeuillaison
À la saison de l’effeuillement
Signant le passage du temps ?

Le langage est un arbre
Pluie de suffixes
Se détache des branches

Limbes
Nervures
Pétioles
S’envolent

Et la stipule
Remarquée par Lamarck ?

Après le passage des fleurs
Aux fruits
Le moment automnal
Est-il essentiellement
Mélancolique ?

Saturation d’été
De sécheresse
Excès de maturité

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