Hécatombe de marronniers

Malgré sa taille
J’ai dû mal à m’y intéresser
Comme le platane
J’ai l’impression
Qu’il est banalement
Planté en rangées ou en allées
Par des édiles ou jardiniers
Sans imagination

On appelle d’ailleurs « marronnier »
Un article de journal
Récurrent et peu intéressant

Pourtant le marronnier
Triomphant en saison
De fleurs blanches
Coniques ou pyramidales
Et de grandes feuilles composées
À sept ou cinq folioles
Est sans doute le premier arbre
Que j’ai appris à reconnaître
Même si ses fruits étaient étrangement
Homonymes de la grosse châtaigne
Cuite ou confite
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Jumeaux de bois et de sang

Source wikipedia

 

 

 

 

 

 

 

 

Buisson ou arbuste
De peu de mine
Jadis renommé
Depuis oublié

D’ailleurs affublé d’un suffixe
Qui dénonce des actions ratées
Ou inutiles
Comme « pendouiller »

Se déploie, le cornouiller
En deux variétés
Complémentaires et opposées
Comme le fer et le sang
Dans un conte
Pas pour enfants

L’un, cornouiller sanguin
Cornus sanguinea
Fleurit blanc
Et possède des fruits noirs
Immangeables

L’autre, cornouiller mâle
Cornus mas
Porte fleurs jaunes
Puis fruits rouges
Cerises oblongues
Comestibles
Une fois blettes

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Au merisier, salut

Une prochaine fois on rimera
Prunus cerasus, le griottier
Ou cerisier aigre
L’arbrisseau drageonnant

Aujourd’hui, au merisier, salut
Prunus avium
Sauvage de haut fût
Cerisier des oiseaux
Fruits ailés
Écorce de papier
Qui se déroule et qui frise

Au printemps neigent dans le sentier
Les pétales blancs et délicats
Soufflés par la brise

Pour fruit, une idylle étymologique
Apprivoisée, savoureuse, la cerise
Sauvage, amère, la merise
Il n’y a pas loin d’amer à aimer

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Au pied du palmier

À n’avoir vu que des palmiers en pot
Déracinés comme au zoo
Enfermés sous le verre
Au jardin des Plantes
Dans la grande serre
Ou décorant de grands édifices
Dispersés en Bretagne ou à Nice
Je n’avais rien vu du tout
Jusqu’à, la cinquantaine passée,
Aux oasis ayant zigzagué
De Biskra à Tolga
De M’chounech à Sidi Okba
De Sidi Masmoudi à Gartah
Le long des séguias d’eau vive
Car le palmier est un monde
Et une civilisation

S’il pousse ses palmes jusqu’à trente mètres de hauteur
Il commence grand comme une main
Son secret serait proche du nôtre
Nous enseigne l’étymologie
La datte, latin dactylus, grec dactulos
Est comme le doigt et son os
La palme, du latin palma, comme la paume

Son nom savant
Depuis dix-sept cent trente-quatre
Est Phoenix dactylifera
Phénix porte-doigts
Phénix parce qu’il survit aux incendies ?
Ou parce qu’il serait venu de Phénicie
Dans les bagages
Des fondateurs de Carthage ?
Il suffit d’un noyau dans la poche

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Le charme recommencé

Ensorcelé, charmé de neuf
Faut que je rechante
Les vertus du charme
Carpinus betula
Suis-je, alors
Chanteur de charme ?

Trapu et coriace
Ses branches se replient parfois
Se soudent au tronc
Cannelures volumineuses
Racines saillantes
Serpent gris surgi
Du talus

Jeteur de sortilège, de maléfice
Noueur d’aiguillettes ?
Au chemin creux
Bourbier l’hiver
Mais à l’été
Envoûtement de lumière
Et de verdure
Le charme opère
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Effeuillaison

Aquarelle de Dominique Mansion

 

 

 

 

 

 

Effeuillage ?
Qui nous défeuille
Nous effeuille
Le paysage
À la saison d’effeuillaison
À la saison de l’effeuillement
Signant le passage du temps ?

Le langage est un arbre
Pluie de suffixes
Se détache des branches

Limbes
Nervures
Pétioles
S’envolent

Et la stipule
Remarquée par Lamarck ?

Après le passage des fleurs
Aux fruits
Le moment automnal
Est-il essentiellement
Mélancolique ?

Saturation d’été
De sécheresse
Excès de maturité

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Une poignée d’olives pour la route

 

 

 

 

 

À l’association 1851 et aux Amis des Mées

Une olive :
Quand je serai poète
Je dédierai une ode
À l’olivier
Ou peut-être seulement
À son rameau
Ou alors simplement
À l’olive

L’éloge surgirait
D’un simple noyau
Dur et strié

Oui, l’olive pose rondement
Un idéal de perfection
Et de forme
Par l’ovale clos
La saveur, la concision
Eh oui, elle nourrit
Et tout un chacun
Est ravi par l’olive Continuer la lecture de « Une poignée d’olives pour la route »

Colosse effacé le cormier le sorbier

Bel arbre, sans mentir
Feuillage composé, ajouré
Lent à pousser
Volontiers géant
Pourvu qu’on lui laisse le temps
Borne des campagnes de jadis

À la croisée des chemins
Ou en limite de parcelle
Écorce de chêne
Rameau comparable à celui du frêne
Et à l’automne, saison des brumes
Petits fruits
En forme de poire

Bois rouge
D’une telle dureté
Qu’on hésitait à le travailler
Sauf pour les manches d’outil
Les rouages du moulin
La vis du pressoir
Ou de la presse
Gravure sur bois
Poinçons de typographe

Cormier ou Sorbier domestique
Sorbier dans le midi
Cormier au nord, à l’ouest

Vous dites sorbier
Je dis cormier
Ou l’inverse
N’allons pas nous disputer
Pourvu qu’on ait l’ivresse
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