« 38 » un poème de Layli Long Soldier

Personne ne me l’a demandé, mais par sympathie, par révolte, par nervosité, par curiosité, j’ai traduit ce poème épique, drôle et triste de Layli Long Soldier sur les Dakota 38, dont l’original anglais se trouve ici, onbeing.org/poetry Par hasard il rappelle les événements d’un 26 décembre.

Ici, la phrase sera respectée.

Je composerai chaque phrase avec soin, conservant à l’esprit ce que les règles de l’écriture édictent.

Par exemple, toutes les phrases commenceront par une majuscule.

Toutes les sentences commenceront par une capitale.

De même, l’histoire dans la phrase recevra les honneurs d’une ponctuation appropriée en son extrémité, un point ou un point d’interrogation qui marquera l’accomplissement (temporaire) d’une idée.

De même l’histoire de la sentence…

Il vous importe peut-être de savoir que je ne considère pas ceci comme une « création ».

En d’autres mots, à mes yeux, il ne s’agit pas d’un poème inspiré ou d’une œuvre de fiction.

D’ailleurs, on n’y théâtralisera pas les événements historiques pour les rendre passionnants.

Donc, ma responsabilité s’exerce surtout sur la phrase, sur son ordre, elle qui convoie la pensée.

Ces préalables achevés, je commence :

Il est possible qu’on vous ait déjà parlé des 38 Dakotas.

Si c’est la première fois qu’on vous en parle, vous vous demandez sans doute, que sont les « 38 Dakotas » ?

Les 38 Dakotas sont trente-huit hommes du peuple dakota qui furent exécutés par pendaison sur les ordres du président Abraham Lincoln.

À ce jour, il s’agit de la plus vaste exécution collective « légale » de l’histoire des États-Unis.

Les pendaisons eurent lieu le 26 décembre 1862, au lendemain de Noël.

La même semaine le président Lincoln signait la proclamation d’Émancipation.

Dans la phrase précédente, je mets en italique « même semaine » pour insister.

Il y a eu un film intitulé Lincoln sur la présidence d’Abraham Lincoln.

La signature de la proclamation d’Émancipation figure dans le film Lincoln, la pendaison des 38 Dakotas n’y figure pas.

Quoi qu’il en soit, vous demandez peut-être : pourquoi trente-huit Dakotas furent-ils pendus ?

En guise de note de bas de page, en anglais le passé du verbe pendre, hang, est hung, mais s’il s’agit de la peine capitale la forme correcte est hanged. Ne vous trompez pas.

Reprenons, il est possible que vous demandiez « Pourquoi pendit-on trente-huit hommes du peuple Dakota ? »

On les pendit à cause de la Révolte des Sioux.

Je veux vous parler de la Révolte des Sioux, mais je ne sais par où commencer.

Mon récit sautera peut-être des étapes, et les détails ne se présenteront pas dans l’ordre chronologique.

Souvenez-vous que je ne suis pas une historienne.

Donc, je raconterai les faits de mon mieux, avec des ressources et une compréhension limitées.

Avant que le Minnesota ne fût un État, la région du Minnesota, à peu de chose près, était traditionnellement le pays des peuples Dakota, Anishnaabe et Ho-Chunk.

Dans les années 1800, quand les États-Unis agrandirent leur territoire, ils « achetèrent » des terres aux Dakota et aux autres tribus. Mais il existe une autre manière de comprendre ce type « d’achat » : les chefs dakotas cédèrent des terres au gouvernement américain, certes contre de l’argent et des biens, mais surtout pour protéger leur peuple.

Certains disent que les chefs dakotas ne comprenaient pas les termes du contrat, sans quoi ils ne l’auraient jamais accepté.

D’autres appellent la négociation tout entière une « duperie ».

En tout cas, pour rendre cet on-ne-sait-quoi officiel et contraignant, le gouvernement établit un traité initial.

Ce traité fut ensuite remplacé par un autre traité (plus commode), puis par un autre encore.

J’ai eu du mal à comprendre les termes de ces traités, à cause du langage légal, de la langue du Congrès.

Quand les traités étaient abrogés (rompus) et qu’on en écrivait de nouveaux, l’un après l’autre, les nouveaux faisaient souvent référence aux anciens traités défunts, et c’est une piste malcommode à suivre, vaseuse et pleine de retours en arrière.

Même si je me suis souvent sentie perdue sur cette piste, je sais que je n’y suis pas seule.

Quoi qu’il en soit, en essayant d’ordonner les faits au mieux, en 1851, le territoire dakota fut réduit à une bande 12 miles de large sur 150 miles de long, le long du fleuve Minnesota.

Mais sept ans plus tard seulement, en 1858, la partie nord fut cédée (prise) et la partie sud fut (comme c’est commode) lotie, ce qui réduisit la terre dakota à une bande dénudée de 10 miles.

Ces traités modifiés et rompus sont souvent appelés les traités du Minnesota.

Le mot Minnesota vient de mni qui signifie « eau » ; de sota qui signifie « troublé ».

Parmi les synonymes de « troublé » figurent boueux, opaque, orageux, confus et enfumé.

Tout est dans la langue que l’on utilise.

Ainsi, un traité est, pour l’essentiel, un contrat entre deux nations souveraines.

Les traités des U. S. A. avec la nation dakota étaient des contrats légaux qui promettaient de l’argent.

Cet argent, on pourrait dire qu’il payait la terre que les Dakotas abandonnaient, qu’il payait pour qu’ils vivent au sein d’un espace restreint (une réserve), pour qu’ils cèdent les droits qu’ils possédaient sur de vastes territoires de chasse, cession qui rendit le peuple dakota dépendant d’une autre ressource : l’argent.

La phrase précédente est circulaire, comme tant d’aspects de l’histoire.

Comme vous l’avez sans doute déjà deviné, l’argent promis par les traités vaseux ne parvint jamais au peuple dakota.

De plus, les commerces d’État installés sur place ne faisaient pas crédit aux « Indiens », ni sur les aliments ni sur les marchandises.

Sans argent, sans crédit au magasin ou droits de chasse au-delà de leur bande de terre de 10 miles, les Dakotas connurent la famine.

Les Dakotas mouraient de faim.

Les Dakotas moururent de faim.

Dans la phrase précédente, les mots « moururent de faim » se passent d’italique pour insister.

On doit lire « Les Dakotas moururent de faim » comme un fait clair, net, énoncé simplement.

Par conséquent, et sans autre choix que de mourir de faim, les Dakotas ripostèrent.

Les guerriers dakotas s’organisèrent, s’échappèrent et tuèrent colons et commerçants.

Cette sédition est appelée la Révolte des Sioux.

Finalement, la cavalerie des U. S. A vint dans le Mnisota affronter la Révolte.

Plus d’un millier de Dakotas furent envoyés en prison.

Comme on l’a déjà dit, trente-huit hommes des Dakotas furent alors pendus.

En anglais Hanged, pas hung.

Après la pendaison, ce millier de prisonniers dakotas fut libéré.

Cependant, autre conséquence, ce qui restait du territoire dakota dans le Mnisota fut annexé (volé).

Le peuple dakota n’avait plus de terre vers laquelle revenir.

Cela signifie qu’il était exilé.

Sans domicile, le peuple dakota du Mnisota fut déplacé (déporté) vers des réserves du Dakota du Sud et du Nebraska.

Aujourd’hui, tous les ans, un groupe baptisé The Dakota 38 + 2 Riders, les 38 cavaliers dakotas + 2, mène une chevauchée commémorative de Lower Brule dans le Dakota du Sud à Mankato dans le Mnisota.

Les cavaliers commémoratifs parcourent 325 miles à dos de cheval sur dix-huit jours, affrontant parfois des blizzards glacés.

Leur voyage s’achève le 26 décembre, jour de la pendaison.

Les commémorations aident à concentrer la mémoire sur des événements ou des individus particuliers.

On commémore souvent par des plaques, des statues, des épitaphes.

La commémoration des 38 Dakotas ne repose pas sur un objet portant une inscription mais sur un geste.

Pourtant, j’ai commencé ce texte (que je ne considère ni comme un poème ni comme un roman) parce que je souhaitais écrire à propos de l’herbe.

Aussi, il reste un événement à raconter, bien qu’il n’apparaisse pas ici à sa place chronologique, ce qui nous oblige à revenir sur nos pas.

Quand les Dakotas mouraient de faim, comme vous vous le rappelez peut-être, les responsables des magasins d’État refusèrent de faire crédit aux « Indiens ».

L’un de ces négociants nommé Andrew Myrick est resté célèbre pour avoir refusé de faire crédit aux Dakotas en ces termes, « S’ils ont faim, qu’ils mangent de l’herbe. »

Il existe des variantes sur les mots exacts de Myrick, mais le sens reste à peu près celui-ci.

Quand des colons et des négociants furent tués pendant la Révolte des Sioux, l’un des premiers à être exécuté par les Dakotas fut Andrew Myrick.

Quand on découvrit le cadavre de Myrick

sa bouche avait été bourrée d’herbe.

J’ai bien envie d’appeler ce geste des guerriers dakotas un poème.

Leur poème ne manque pas d’ironie.

Il n’y a pas de texte.

Les poèmes « réels » n’ont pas « réellement » besoin de mots.

J’ai employé des italiques dans la phrase précédente pour signaler un dialogue intérieur, une prise de conscience.

Mais, réflexion faite, ce sont les mots « Qu’ils mangent de l’herbe » qui lancent la machine du poème.

Alors, on pourrait aussi dire le langage et le choix du mot se trouvent au cœur du fonctionnement du poème.

Les choses renouent avec la circularité.

Parfois, quand je suis prise dans un cercle, si je veux en sortir, il faut sauter.

Et laisser le corps            tomber

de la plateforme.

jusqu’à

l’herbe.

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